Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 16.djvu/453

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lustres, qui parut à Paris en 1521 ; la politesse du style latin regne dans ces deux ouvrages. Erasme dit à la gloire de l’auteur : posset inter hujus laudis (Tullianæ dictionis) competitores numerari (Joannes Pinus), nisi negotiorum tumultus à studiis avulsisset. Nunc episcopum audio factum ; quid accesserit eloquentiæ nescio ?

On voit aussi dans la galerie de Toulouse le buste en marbre de Nicolas Bachelier, éleve de Michel-Ange, distingué dans l’architecture & dans la sculpture ; il falloit y joindre pour pendant le buste de François de Troy un des peintres illustres de nos jours. Mais Toulouse est encore la patrie d’autres savans, dont plusieurs méritoient sans doute d’avoir leur effigie dans la même salle du capitole ; c’est ce dont on jugera par la liste que je vais donner de leurs noms.

Campistron (Jean Galbert), né en 1656, & mort en 1723, fut eleve & imitateur de Racine. Le duc de Vendôme, dont il devint secrétaire, fit sa fortune, & le comédien Baron fit une partie de sa réputation. Il y a des choses touchantes dans ses pieces, quoiqu’elles soient foiblement écrites, mais le langage en est assez pur. Il a composé pour l’opéra Acis & Galatée, pastorale, que l’on redonne quelquefois, & qui a été mise en musique par Lully.

Coras (Jean de), Corasius, conseiller au parlement de Toulouse, chancelier de Navarre, l’un des savans jurisconsultes du xvj. siecle, & l’ami du chancelier de l’Hôpital ; il mit au jour d’excellens ouvrages en latin & en françois, qui ont été recueillis en 2 vol. in-fol. on estime sur-tous ses Miscellaneorum juris civilis libri tres. Ce savant homme n’avoit que 59 ans quand il fut enveloppé dans le massacre de la saint Barthelemi, le 4 Octobre 1572 ; sa vie a été imprimée en 1673, in-4°.

Doujat (Jean), né en 1609, & mort à Paris en 1688, comble d’honneurs & de pensions. Il étoit tout ensemble jurisconsulte & littérateur. Il fut reçu de l’Académie françoise en 1650, & devint précepteur de M. le dauphin. On a de lui 1°. Prænotiones canonicæ & civiles, qui passent pour son meilleur ouvrage ; 2°. l’histoire du Droit canon, & celle du Droit civil ; 3°. institution du Droit canonique de Lancelot, avec des notes ; 4°. un abrégé en françois de l’histoire grecque & romaine, tiré de Velleius Paterculus, & des notes sur Tite-Live, à l’usage du dauphin, &c.

Grégoire (Pierre) fleurissoit au xvj. siecle. Ses livres de droit, & entr’autres l’ouvrage intitulé, Syntagma juris universi, ainsi que celui de republicâ, libri xvj. sont remplis d’une vaste érudition, mais des plus mal digérés. Eruditione non vulgari luxurians, dit Naudé, omnia ingerit, non digerit ; cæterum valdè utilis, quòd ibi meliorum auctorum gemmas possis invenire. Il mourut en 1597.

Laloubere (Simon de) né en 1642, & envoyé à Siam en 1687, finit ses jours en 1729 à 87 ans. On a de lui une relation de son voyage de Siam en deux vol. in-12 ; cette relation est estimée ; mais elle laisse bien des choses à desirer, qui y manquent, pour nous donner de vraies connoissances de ce pays. Son traité de la résolution des équations prouve qu’il étoit assez profond dans cette science, & Paschal ne lui a pas tout-à-fait rendu justice.

Maussac (Philippe Jacques) savant critique du xvij. siecle mourut en 1650, âgé d’environ 70 ans. On a de lui des opuscules estimés & de savantes notes sur Harpocration.

Péchantré, poëte françois & latin, mort à Paris en 1708. Sa tragédie intitulée Géta se représente encore quelquefois. On rapporte une anecdote assez singuliere sur sa tragédie, la mort de Neron, piece qui n’a point eu de succès. Péchantré la faisoit dans une


auberge ; il laissa sur sa table le papier où il disposoit sa piece, & sur lequel il avoit écrit après quelques chiffres, ici le roi sera tué. L’aubergiste ayant lu ces mots, avertit aussitôt le commissaire du quartier, & lui remit le papier en main. Le poëte étant revenu le soir à l’auberge, fut bien surpris de se trouver entouré de gens armés qui vouloient le saisir. Que veulent ces gens-là, dit-il au commissaire, & vous, monsieur, avec ce papier, sur lequel il jetta les yeux ; comment, s’écria-t-il, vous l’avez volé sur ma table ? c’est précisément la scene où je dois placer la mort de Néron. Le commissaire honteux de sa bêtise, lui fit des excuses, lui rendit son papier, & congédia les archers.

Tourreil (Jaques de) mourut à Paris en 1714, à 58 ans. Il étoit de l’académie françoise & de celle des Inscriptions. Ce fut par ses intrigues que l’abbé de Chaulieu ne fut pas de l’académie françoise, & ce procédé ne lui fit pas honneur. Il doit sa réputation à la traduction de Démosthènes, laquelle l’a fait beaucoup plus connoître lui-même, qu’il n’a fait connoître l’orateur grec ; mais il a orné son ouvrage d’une très-belle préface pleine d’érudition & de recherches sur l’histoire de la Grece. La meilleure édition est celle de Paris 1721, en deux vol. in-4°. & en quatre vol. in-12.

Serre (Jean Puget de la) fut garde de la bibliotheque de Monsieur, & eut le titre d’historiographe. Il mourut en 1666, & publia quantité d’ouvrages en vers & en prose qui souffrirent plusieurs éditions, mais dont Despreaux & toutes les personnes de goût parlerent avec mépris. La Serre convenoit lui-même du peu de mérite de ses ouvrages, quoiqu’ils lui valussent beaucoup d’argent. On raconte qu’il eut un jour la curiosité d’aller entendre les conférences que Richesource faisoit sur l’éloquence dans une maison de la place Dauphine. Après que celui-ci eut débité toutes ses extravagances, la Serre en manteau long & en rabat, se leva de sa place, & en allant embrasser Richesource : ah, monsieur, lui dit-il, je vous avoue que depuis vingt ans j’ai bien débité du galimathias ; mais vous venez d’en dire plus en une heure que je n’en ai écrit en toute ma vie.

Marcel (Guillaume) mort en 1708 à 61 ans, est auteur d’une histoire de l’origine de la monarchie françoise, de tablettes chronologiques, & de quelques autres ouvrages de ce genre.

Voilà presque tous les hommes de lettres que Toulouse a produits jusqu’à ce jour ; il y en a plusieurs qui sont illustres. N’auront-ils point de successeurs ? (Le Chevalier de Jaucourt.)

TOUPET, s. m. terme de Perruquier, c’est une bordure de cheveux qui regne le long du front, depuis une tempe jusqu’à l’autre, soit dans les cheveux naturels, soit dans les perruques.

Toupet, (Marechal.) le toupet du cheval est le crin situé entre les deux oreilles, & qui tombe sur le front.

TOUPIE, s. f. (Jeux) en latin turbo ; je ne parle pas ici de la toupie, pour dire seulement que c’est une espece de sabot qui a une pointe de fer sur laquelle il tourne quand on le fouette, après avoir lâché la corde qui étoit entortillée tout-autour ; mais ce dont je prie le lecteur, c’est de voir comme Virgile, Æneid. l. VII. v. 378. peint ce jeu d’enfant, auquel il compare les démarches de la reine Laurente, qui toute troublée court autour du palais, va, vient, s’arrête, & retourne sur ses pas.

Ceu quondam torto volitans sub verbere turbo,
Quem pueri magno in gyro, vacua atria circum
Intenti ludo exercent. Ille actus habena
Curvatis fertur spatiis : stupet inscia juxtà
Impubesque manus, mirata volubile buxum.


« La princesse parut alors semblable à ce jouet de