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hommes précisément considérés comme hommes.

2°. La tradition considérée quant à son objet est ou doctrinale, ou de discipline, ou historique. Par tradition doctrinale, on entend celle qui dépose en faveur d’une vérité qui fait partie des dogmes que Jesus-Christ a annoncés aux hommes. On entend par tradition de discipline celle qui fait voir que telle ou telle chose a été pratiquée dans tels ou tels tems ; & par tradition historique, on entend celle qui nous apprend que tel ou tel fait est arrivé.

3°. La tradition considérée quant à son étude, est ou particuliere ou générale par rapport aux tems, aux personnes & aux lieux. La tradition particuliere par rapport aux tems, aux personnes & aux lieux, est celle qui apprend qu’une chose a été observée par quelque personne pendant quelque tems, & dans certains lieux. La tradition universelle par rapport aux tems, aux personnes, aux lieux, est celle qui apprend qu’un chose a été observée par tout le monde, dans tous les lieux & dans tous les tems.

Les Protestans conviennent avec les Catholiques, qu’il y a des traditions divines & quant à l’origine, & quant à l’objet, comme celles, par exemple, qui nous enseignent que Jesus-Christ est le Messie, qu’il est Dieu, qu’il s’est incarné, qu’il est mort pour le salut du genre humain. 2°. Ils avouent qu’il y a des traditions humaines & quant à l’origine, & quant à l’objet ; d’apostoliques, comme celle qui nous apprend qu’on a toujours jeûné à Pâques ; d’ecclésiastiques, comme celles qui nous disent qu’on a observé telles ou telles cérémonies dans l’administration du Baptême & de la Pénitence ; d’humaines, comme celles qui nous instruisent de la vie des grands capitaines & des fameux conquérans. 3°. Ils reconnoissent des traditions particulieres & universelles ; de particulieres, comme celle qui nous apprend qu’on jeûnoit à Rome le samedi ; d’universelle, comme celle qui nous instruit de la célébration de la fête de Pâques.

Toute la question entr’eux & les Catholiques se réduit à savoir s’il y a une tradition divine, qui ne soit pas contenue dans l’Ecriture, & qui soit regle de foi ; c’est ce que nient les Protestans contre les Catholiques qui définissent la tradition, la parole de Dieu non-écrite par des écrivains inspirés, que les apôtres ont reçue de la propre bouche de Jesus-Christ, qu’ils ont transmise de vive voix à leurs successeurs, & qui a passé de main-en-main jusqu’à nous sans aucune interruption, par l’enseignement des ministres & des pasteurs, dont les premiers ont été instruits par les apôtres.

On en prouve l’existence contre les Protestans, 1°. par l’Ecriture qui fait une mention expresse des traditions, II. Thessalon. c. ij. vers. 14. I. ad Timoth. c. vj. vers. 20. II. ad Timoth. c. j. vers. 13. & c. ij. vers. 1. & 2. 2°. par les auteurs ecclésiastiques, & en particulier par S. Ignace, disciple des apôtres, cité par Eusebe, hist. eccles. lib. III. c. xxxvj. 3°. par l’exemple même des Protestans qui croient que Marie a conservé sa virginité après l’enfantement ; qu’on peut baptiser les enfans nouveaux-nés ; que le baptême des hérétiques est bon, & divers autres points qui ne sont pas contenus dans l’Ecriture, & qui ne sont fondés que sur la tradition.

Comme c’est principalement par le canal des auteurs ecclésiastiques qui ont écrit sur les matieres de religion dans les différens siecles de l’Eglise, qu’on peut parvenir à la connoissance des traditions divines, les Protestans n’ont rien oublié pour infirmer l’autorité des peres. Rivet & Daillé, deux de leurs plus célebres ministres ont objecté 1°. qu’il est impossible de trouver au juste le sentiment des peres sur quelque matiere que ce soit, leurs ouvrages ayant été ou supposés ou corrompus & altérés, n’étant pas


sûr de leur sens, ni qu’ils ayent proposé tel ou tel point comme une tradition universelle ; 2°. que la notoriété du sentiment des peres n’impose aucune nécessité de le suivre ; 3°. que les peres se contredisent & donnent eux-mêmes la liberté de les abandonner ; 4°. que l’autorité des peres est toute humaine, & par conséquent qu’elle ne peut servir de fondement à la foi qui est toute divine ; 5°. que les peres ne sont recevables dans leur témoignage qu’autant qu’ils prouvent bien ce qu’ils avancent ; 6°. que l’autorité de la tradition est injurieuse à la plénitude de l’Ecriture. On peut voir ces difficultés exposées avec beaucoup d’art, & poussées avec assez de force dans le livre de Daillé, intitulé, du vrai usage des peres, liv. I. depuis le chap. j. jusqu’au xj.

Les controversistes catholiques ont répondu pleinement à ces objections, & en particulier M. l’abbé de la Chambre, docteur de Sorbonne, dans son traité de la véritable religion, d’où nous avons tiré tout cet article. On peut voir dans cet ouvrage, tome IV. p. 352 jusqu’à la p. 422, l’exposition fidele des objections de Daillé, & les réponses solides qu’y donne l’auteur moderne.

Nous observerons seulement que la tradition, selon les Catholiques, est regle de foi, & que c’est à l’Eglise seule qu’il appartient d’en juger & de discerner les fausses traditions d’avec les véritables, ce qu’elle connoît ou par le témoignage unanime des peres, ou par l’usage constant & universel des églises pour les choses qu’on ne trouve instituées ni par les conciles, ni par les souverains pontifes, selon les regles citées par S. Augustin, lib. IV. de baptism. cap. xxiv. & par Vincent de Lérins dans son opuscule intitulé, commonitorium primum.

Les Juifs ont aussi leurs traditions, dont ils font remonter l’origine jusqu’à Moïse qui les confia, disent-ils, de bouche aux anciens du peuple pour les faire passer de la même maniere à leurs successeurs. Ils ne les avoient point écrites avant les guerres que leur firent les Romains sous Vespasien, ensuite sous Adrien & sous Sévere. Alors le rabbin Judas, surnommé le saint, composa la misna, comme qui diroit seconde loi, qui est le plus ancien recueil des traditions qu’ayent les Juifs. On y ajouta la gemarre de Jérusalem & celle de Babylone, qui, jointes à la misna, forment le talmud de Jérusalem & celui de Babylone, lesquels sont comme l’explication ou le supplément de la misna, ou du code principal de leurs traditions qui sont fort respectées des rabbins, & rejettées par les caraïtes. Voyez Caraïtes.

Tradition des juifs, (Critique sacrée.) dogmes, préceptes, rites, observances ou cérémonies religieuses, qui ne sont point prescrites aux Juifs par Moïse, ni par les prophetes, mais qui s’établirent chez eux par la coutume, se multiplierent par succession de tems, & s’accrurent tellement qu’enfin elles étoufferent la loi écrite ; je ne répéterai point ici ce que j’en ai dit dans plusieurs endroits de cet ouvrage, comme aux articles Misna, Talmud & Pharisiens, qui en furent les principaux promoteurs ; les curieux peuvent y recourir : c’est assez d’observer qu’aucune tradition judaïque n’a de fondement solide, qu’elles sont toutes inutiles, incommodes ou onéreuses, & que la plûpart sont ridicules & méprisables. Cependant elles ont triomphé, parce qu’une religion chargée de beaucoup de pratiques, quelles qu’elles soient, attache plus à elle, que si elle l’étoit moins ; on tient beaucoup aux choses dont on est continuellement occupé. (D. J.)

Tradition des chrétiens, (Critique sacrée.) Clément d’Alexandrie la définit l’explication de la loi ou des prophetes, donnée de vive voix aux apôtres par notre Seigneur, qui s’en servoient dans leurs discours, mais qui n’en publierent rien par écrit. Ce