Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 16.djvu/649

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Trinité, (fête de la très-sainte.) fête solemnelle que l’on célebre dans l’Eglise romaine, en l’honneur du mystere de la Trinité, le premier dimanche après la fête de la Pentecôte.

Quoique de tout tems on ait honoré ce mystere, & que tout le culte des Chrétiens consiste à adorer un Dieu en trois personnes, cependant la fête particuliere de la Trinité est d’une institution assez recente. Vers l’an 920, Etienne, evêque de Liége, fit dresser un office de la Trinité, qui s’établit peu à peu dans diverses églises. On célébroit ordinairement la messe de la Trinité dans les jours qui manquoient d’office ; mais le pape Alexandre II. ne voulut approuver aucun jour particulier pour la fête de la sainte trinité, quoiqu’elle fût établie dans plusieurs églises particulieres. Alexandre III. déclara sur la fin du xije. siecle, que l’Eglise romaine ne connoissoit point cette fête. Pothon, moine de Prom, qui vivoit dans le même siecle, en combattit l’usage, & il fut encore vivement attaqué dans le xiije. siecle, cependant le concile d’Arles, tenu en 1260, l’établit pour sa province. On croit que ce fut au xjve. siécle, que l’église de Rome reçut la fête de la Trinité, sous le pontificat de Jean XXII. & que ce pape la fixa au dimanche qui suit immédiatement la Pentecôte, mais ce fait est fort douteux : car le cardinal Pierre d’Ailly, sollicita en 1405, Benoît XIII. pour l’établissement de cette fête, & Gerson dit que de son tems l’institution en étoit encore toute nouvelle. Les Grecs n’ont point encore la fête solemnelle de la Trinité, ils en font seulement l’office le lundi, le lendemain de la Pentecôte. Baillet, vies des saints, hist. des fêtes mobiles.

Trinité, (critiq. sacrée.) ce mot est reçu pour désigner le mystere de Dieu en trois personnes, le pere, le fils & le saint-esprit. Il me semble qu’il y auroit de la témérité d’entreprendre d’expliquer ce dogme, parce que vû le silence des écrivains sacrés, les explications ne peuvent être qu’arbitraires, & chacun a droit de forger la sienne. De-là vient que S. Hilaire par son expression trina deitas, trouva tout autant de censeurs que d’approbateurs, qui disputerent vainement sur un sujet dont ils ne pouvoient se former d’idée. Aussi Chilpéric I. monarque singulier, si le portrait que nous en a fait Grégoire de Tours est fidele, voulut donner un édit pour défendre de se servir même à l’avenir du terme de trinité, & de celui de personne en parlant de Dieu. Il condamnoit le premier terme parce qu’il n’étoit pas dans l’Ecriture, & proscrivoit le second, parce qu’étant d’usage pour distinguer parmi les hommes chaque individu, il prétendoit qu’il ne pouvoit en aucune maniere convenir à la divinité. (D. J.)

Trinité, fraternité ou confrairie de la sainte, est une société instituée à Rome par saint Philippe de Néry, en 1548, pour avoir soin des pélerins qui viennent de toutes les parties du monde, se rendre dans cette ville capitale, pour visiter les tombeaux des apôtres saint Pierre & saint Paul. Voyez Fraternité.

Ceux qui composent cette société, ont une maison où ils entretiennent pendant l’espace de trois jours non-seulement les pélerins, mais aussi les pauvres convalescens, & ceux qui étant sortis trop-tôt de l’hôpital, pourroient être sujets à des rechutes.

Cet établissement fut d’abord fait dans l’église de S. Sauveur, in campo, & ne consistoit qu’en quinze personnes qui tous les premiers dimanches du mois se trouvoient dans cette église, pour pratiquer les exercices de piété prescrits par saint Philippe de Néry, & pour entendre ses exhortations ; en 1558, Paul IV. donna à la fraternité l’église de saint Benoît, que les freres intitulerent du nom de la sainte


Trinité. Depuis ce tems là, ils ont bâti & joint à l’église un hôpital très-vaste, pour les pélerins & malades convalescens.

Aujourd’hui cette fraternité est très-considérable, & la plûpart de la noblesse de Rome de l’un ou de l’autre sexe, lui fait l’honneur d’en être membres.

La congrégation de la sainte Trinité consiste en douze prêtres, établis dans l’hôpital de la fraternité pour prendre soins des pélerins & de ceux que l’on a coutume d’y entretenir.

Comme les fréquens changemens de prêtres donnoient occasion à une partie des différens qui s’élevoient dans cet hôpital, sur la conduite spirituelle & sur l’instruction des pélerins ; les gardiens & administrateurs pour y établir une plus grande uniformité, y formerent une congrégation de douze prêtres qui logent aujourd’hui dans un quartier de l’hôpital, & y vivent en communauté comme dans un monastere.

Trinité, (ordre de la sainte.) Voyez Trinitaires.

Trinité créée. filles de la, (Hist. des ord. relig.) c’est le nom bien étrange des religieuses de la société de S. Joseph. Ces filles avoient une maison à la Rochelle qui y fut établie en 1659 ; cinq ans après les sœurs de cette maison ayant eu envie d’embrasser l’état régulier, firent des vœux, & jetterent les fondemens d’un ordre pour lequel on dressa des regles & des constitutions, qui furent imprimées à Paris en 1664, sous le titre de regle des filles de la Trinité créée, dites religieuses de la congrégation de saint Joseph, instituée pour l’éducation des filles orphelines dans la ville de la Rochelle. Cette seule maison de la Rochelle fait jusqu’ici tout cet ordre. (D. J.)

Trinité maison de la, (Hist. mod. d’Angl.) the trinity-house ; c’est ainsi qu’on appelle en Angleterre, une célebre confrairie, corporation, ou compagnie de gens de mer, à qui l’usage & la légistature ont confié plusieurs articles de police, concernant la navigation des côtes & des rivieres, & particuliérément ce qui regarde le lamanage & le lestage des navires.

Elle doit son origine à Henri VIII, qui, par des lettres-patentes du mois de Mars de la quatrieme année de son regne, incorpora les mariniers anglois, sous le nom de maîtres gardiens, & assistans de la société de la très-glorieuse Trinité, Master Wardens, and assistans of the guild fraternity, or Brothers hood of the most glorious, and individual triniti ; c’est le titre singulier qu’on lui donna.

Cette confrairie fut érigée dans la paroisse de Deptford-Strand, au comté de Kent, où elle eut sa premiere maison ; depuis elle en a élevé quelques autres en divers endroits, qui sont celles de Newcastle sur la Tine, dans le Northumberland. Celle de Kingstone-sur Hull, dans l’York-Shire, & celle des cinq ports. La maison de Deptsord-Strand, est comme le chef lieu de la confrairie.

L’acte du parlement passé sous Elisabeth, attribue à la maison de la Trinité, le droit de placer sur les côtes d’Angleterre, les tonnes, les bouées, les balises & les fanaux qu’elle juge à propos, pour la sûreté de la navigation, & l’autorise à donner aux gens de mer, la permission d’exercer sur la Tamise, le métier de batelier ; sans que qui que ce soit puisse leur apporter aucun empêchement.

La corporation de la trinité est composée d’anciens & de jeunes confreres. Il y a trente-un anciens, le nombre des jeunes n’est pas limité. Tout marinier peut prétendre d’y être admis. On tire les anciens du nombre des jeunes. Quand une fois ils ont été élus, ils conservent cette qualité toute leur vie, à