Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 16.djvu/739

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Les tuiles faîtieres, de toît ou courbes, servent à couvrir les faîtages des maisons ; leur forme est circulaire, & large comme un demi-cylindre. Pline les appelle laterculi, & suivant l’ordonnance elles doivent avoir treize pouces de long, & leur épaisseur doit être la même que celle des tuiles pleines ou unies.

Les tuiles cornieres ou gironnées se mettent sur les angles, arrêtes ou encoignures des toîts. A l’égard de leur formation, on les façonne d’abord pendant qu’elles sont molles, comme les tuiles plates ; mais on leur donne une figure quadrangulaire, dont les deux côtés sont des lignes droites, & les deux extrémités des arcs circulaires, l’une des extrémités étant un peu concave, & l’autre un peu convexe ; de sorte que si l’on en ôtoit un angle, elles deviendroient triangulaires. Mais avant de les faire cuire, on les plie sur un moule en large, comme les tuiles faîtieres. On leur fait un trou à l’extrémité étroite, pour y passer le clou en les attachant, & on les pose de façon que leur extrémité étroite se trouve attachée par le haut. Suivant l’ordonnance elles doivent avoir dix pouces & demi de long, avec une largeur & une épaisseur proportionnée.

Les tuiles de gouttieres ou creuses se mettent dans les gouttieres ou descentes des toîts. On les fait comme les tuiles angulaires, si ce n’est que les angles de l’extrémité large se retournent en forme de deux aîles. On ne leur fait point de trou, mais on les pose l’extrémité large en-haut, sans les attacher avec des clous. Elles se font sur le même moule que les tuiles angulaires, & elles ont les mêmes dimensions de leur côté convexe : chacune de leurs aîles ont quatre pouces de larges, sur huit pouces de long.

Les tuiles courbes ou de Flandres, servent à couvrir les angars, appentis & toutes sortes de bâtimens plats. Elles ont la forme d’un parallélograme oblong, comme les tuiles plates. Mais elles sont pliées par leur largeur en avant & en arriere, en forme d’une S, & l’une de ses deux arches a pour le moins trois fois l’épaisseur de l’autre. Cette arche épaisse se pose toujours par-dessus, & l’arche mince d’une autre tuile couvre la carne de l’arche épaisse de la premiere. Elles ne sont point percées pour des clous, mais elles sont pendues aux lattes par un bouton de leur propre terre. Elles ont pour l’ordinaire quatorze pouces & demi de long, & dix pouces & demi de large.

Quand elles sont cuites, elles ne peuvent avoir moins de treize pouces & demi de long, sur neuf & demi de large, & un demi-pouce d’épais.

Les tuiles lucarnieres consistent dans une tuile plate, & une piece triangulaire d’une même tuile, dressée en rectangle sur un côté de la tuile plate, & contournée en arche d’un autre côté qui se termine en pointe. Ces tuiles sont de deux sortes ; dans l’une la piece triangulaire se leve du côté droit, & dans l’autre du côté gauche de la tuile plate. Ces deux sortes ont chacune deux especes, quelques-unes ayant une tuile plate en entier, & d’autres n’ayant qu’une demi-tuile plate. Mais dans toutes ces especes la tuile plate a deux trous pour des clous, du côté où est le large bout de la piece triangulaire.

On les met dans les gouttieres, entre le toît & les côtés des lucarnes, la partie plate étant posée sur le toît, & la partie triangulaire étant dressée perpendiculairement aux côtés de la lucarne. Elles sont excellentes pour garantir les chambres de l’humidité, & cependant l’usage n’en est peut-être connu que dans le comté de Sussex. Les dimensions de la partie plate sont les mêmes que celles de la tuile plate ; la partie triangulaire est de la même longueur ; une de ses extrémités a six pouces de large, & l’autre n’a point de largeur, étant terminée en pointe.


Les tuiles astragales ressemblent à tous égards, aux tuiles plates, si ce n’est que leurs parties inférieures sont en forme d’astragale, c’est-à-dire en demi-cercle, avec un quarré de chaque côté.

Les tuiles traversieres sont des especes de tuiles irrégulieres, dont on a rompu les trous, ou l’un des bas angles. On les pose par le bout rompu, en-haut, sur les solives auxquelles on ne sauroit pendre des tuiles.

Les tuiles hollandoises ou flamandes sont anciennes ou modernes ; les premieres servoient à garnir ou paver les âtres, estrades & coins des cheminées : elles étoient peintes, & représentoient des figures antiques, & le plus souvent des soldats. Quelques-unes étoient en compartimens, & quelquefois avec des devises moresques ; mais leurs desseins & leurs couleurs n’approchent point de la beauté des modernes.

En Angleterre les âtres sont élevés d’un, deux ou trois piés, sur-tout dans les cuisines ; & la plupart des cheminées des chambres n’ont point de manteau ou chambranle : ces sortes de tuiles s’appellent à Paris des carreaux de faïance.

Celles-ci se maçonnent communément dans les jambages des cheminées, au-lieu d’y mettre des pierres angulaires. Elles sont bien vernies, quelques-unes sont toutes blanches ; mais celles qui sont peintes sont infiniment mieux dessinées & colorées que les anciennes. L’une & l’autre espece semblent être faites de la même argille que notre poterie de terre blanche & vernie. Quelques-unes des anciennes ont quatre pouces & un quart en quarré, & plus de trois quarts d’un pouce d’épais ; quelques-unes des modernes ont six pouces & demi en quarré, & trois quarts d’un pouce d’épais.

Tuile, terme de Tondeur, les Tondeurs de draps appellent ainsi une sorte de petite planche ordinairement de bois de sapin, d’environ deux piés & demi de long, & large de quatre pouces, sur un côté de laquelle est étendue & appliquée une espece de mastic, composé de résine, de grès & de limaille de fer passée au sas. (D. J.)

Tuile, en terme d’Orfevre en grosserie, c’est une espece de lingotiere composée de deux plaques de fer, montées sur un chassis de même, environnées d’un lien d’une seule piece, dans lequel on les presse plus ou moins avec des coins, selon que l’on a plus de matiere à y jetter. Cette machine paroît d’abord plus commode qu’une lingotiere, parce qu’elle rend la matiere, d’une forme qui approche plus de celle qu’on veut lui donner ; mais elle la rend venteuse. Voyez les Pl. & les fig.

Tuile dont les Facteurs d’orgue se servent pour poser la soudure & la poix-résine avec lesquelles ils soudent les tuyaux d’étain & de plomb, est une de ces tuiles communes dont on couvre les maisons. On étend les fers à souder en les frottant plusieurs fois sur la soudure qui est sur la tuile, lorsqu’ils sont chauds & non ardens. Voyez Soudure & Fers a souder.

TUILEAU, s. m. pl. (Tuilerie.) les tuileaux sont des morceaux de tuiles cassées, dont on fait les voûtes des fours, & les contre-cœurs des âtres de cheminée. On s’en sert aussi pour sceller en plâtre des corbeaux, des gonds & autres pieces de fer : on en fait encore du ciment.

TUILÉE, coquille, (Conchyliol.) concha imbricata ; coquille dont les cavités sont faites en forme de tuiles creuses, en latin imbrices. (D. J.)

TUILER, c’est parmi les Tondeurs, polir & lustrer l’étoffe quand elle a été tondue, couchée & brossée, pour en ôter le duvet s’il y en avoit encore par hasard.

TUILERIE, s. f. (Architect. rustiq.) grand bâtiment accompagné de fours, & d’un hâle où l’on fait la tuile. Le hâle est un lieu couvert & percé de tous côtés de plusieurs embrasures par où le vent passe