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Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 17.djvu/753

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nent à tous le même langage ; & le contraire de ce qu’ils ont agréé, reçoit, le moment d’après, le privilege de leur approbation. Ils visent à l’estime publique, mais ils s’attirent un mépris universel. Article de M. Millot, curé de Loisey, diocèse de Toul.

AFFUTS, s. m. pl. en terme d’Artillerie, sont des machines sur lesquelles on monte les différentes bouches à feu, pour pouvoir s’en servir utilement & commodément, suivant l’usage de chaque genre. De-là les affuts de canon, de mortier & d’obusier.

Il y a trois sortes d’affuts de canon, qu’on peut nommer réguliers. Une à hauts rouages pour le service de campagne principalement, mais qui peut aussi servir dans les places ; & deux à roulettes, dont une pour le service des places uniquement, & l’autre pour la marine : on appelle ceux-ci affuts marins, & ceux-là affuts de place ou bâtards.

Les affuts à hauts rouges sont les principaux pour le service de terre, parce qu’on peut les employer dans les places aussi-bien qu’en campagne, pour peu qu’un rempart soit d’une construction raisonnable.

Cette portion de l’affut sur laquelle on pose immédiatement le canon, s’appelle corps d’affut. Il est composé de deux flasques, de l’essieu, de la semelle & de quatre entretoises qui unissent ensemble, & affermissent en partie les deux flasques.

Comme l’on se sert du canon pour tirer horisontalement, ou à-peu-près, & que c’est dans cette attitude qu’on le charge & qu’on le pointe, il faut donc qu’il soit soutenu à une certaine hauteur, pour que le cannonier puisse faire sa fonction commodément ; & après un usage de plus de deux siecles, on a trouvé que pour satisfaire à ces deux points, on ne pouvoit mieux faire que d’élever convenablement le bout de l’affut, auprès duquel sont encastrés les tourillons, & à poser l’autre bout à terre.

C’est sur des roues ou sur des roulettes (machines qui tournent sur leur axe) qu’on éleve l’avant-bout du corps d’affut ; & il est très-apparent que le premier motif pour lui donner un tel soutien, a été la facilité du recul, sans laquelle tout affut de canon seroit ou renversé à chaque coup, ou les parties dont il est composé seroient bientôt brisées, ou du-moins disloquées.

Le second motif peut avoir été la facilité de remuer les pieces & de les manier : quant à celle de transporter les pieces sur leurs affuts, elle peut seulement avoir occasionné une plus grande hauteur dans les roues des affuts de campagne, puisqu’on a conservé les roulettes aux affuts bâtards, quoiqu’on ne puisse jamais transporter des pieces avec, parce qu’on ne sauroit se servir d’un avant-train, sans que la bouche du canon vienne à toucher terre, à-cause de la courte taille de leurs flasques, & parce que les roulettes sont plus basses que les roues de l’avant-train. Donc les roulettes sont pour la facilité du recul & de la manœuvre.

Chaque partie d’un affut doit avoir sa juste longueur, largeur & épaisseur. L’épaisseur des flasques est ordinairement égale à la longueur des tourillons de la piece, avec lesquels elle repose dessus. La largeur doit être telle à l’avant-bout qu’il y ait place par en-haut pour recevoir la moitié des tourillons avec le ventre du canon, & une partie de l’essieu par en-bas, avec l’entretoise de volée un peu en-avant, & autant que faire se peut vers le milieu de la largeur du flasque : le tout ensorte qu’aucune de ces pieces n’embarasse l’autre, & que l’entre-toise n’empêche point que le canon puisse être pointé de quelques degrés au-dessous de l’horison. C’est à cause de tous ces emplacemens que les flasques ont besoin d’une plus grande largeur à l’avant-bout que partout ailleurs, & que depuis la volée jusqu’au bout de la crosse on la diminue continuellement. Les entretoi-

ses de couche & de mire doivent être placées de façon

dans le sens horisontal, que lorsque le canon repose sur la semelle, l’extrémité de la culasse se trouve au milieu d’entre elles, afin qu’elles portent le fardeau également ; de plus, il convient qu’à celle de mire on donne plus de hauteur que de largeur, pour autant que la largeur du flasque le permet à cet endroit, parce que les chocs du canon venant du haut en bas, elle a besoin de plus de force dans ce sens que dans l’autre. Outre cela ces deux entretoises doivent être placées de maniere dans le sens vertical, que le canon reposant sur la semelle, il ait une telle élévation qu’on puisse tirer à ricochet, sans que cependant elle surpasse les dix degrés, & c’est-là ce qui occasionne la courbure des flasques : car comme la hauteur des roues, & le point I (fig. 1.) sont déterminés, & que la crosse doit venir à terre, on ne sauroit faire des flasques droits sans qu’ils deviennent d’une longueur excessive, & par conséquent embarrassans & incommodes ; mais il faut avoir soin en même tems de ne pas les faire trop courts non plus, car autrement ils deviendroient trop courbes, & par-là sujets à se rompre facilement par les chocs du canon. Donc, pour éviter ces deux excès, il faut considerer dans la construction d’un affut, que la longueur des flasques dépend en partie de celle du canon, & en partie de la hauteur des roues : c’est pourquoi plus le canon est court & les roues hautes, & plus il faut allonger la ligne.

Pour ce qui est de l’entre-toise de lunette, comme elle fait sa fonction dans le sens horisontal lorsqu’elle est posée sur l’avant-train, elle a besoin de beaucoup plus de largeur que d’épaisseur, & le trou par lequel passe la cheville ouvriere de l’avant-train, doit être éloigné pour le moins de de ladite largeur du bout de la crosse ; il est aussi nécessaire que ce trou soit plus ouvert par en-haut que par en-bas, pour que la cheville ouvriere n’y soit point gênée.

Voilà les lois principales, selon lesquelles un affut doit être construit, & il ne s’agit plus que de trouver une mesure ou échelle de laquelle on puisse se servir en suivant une regle générale pour la proportion des affuts de toutes sortes de pieces ; & cette échelle ne sauroit être ni le calibre de la piece, ni le pié courant & ses parties, mais ce doit être une ligne donnée de flasque même ; & cette ligne est, à mon avis, la largeur dudit flasque à la volée, laquelle on doit trouver d’abord, pour pouvoir faire les emplacemens, suivant ce qui a été dit ci-dessus. Je cherche donc premierement cette largeur pour le flasque de 24, & puis pour celui de 4, qui sont les deux extrèmes, & par leur moyen je trouve celle des intermédiaires de 16, de 12 & de 8, de la façon qu’on peut le voir dans la fig. 2. & je m’apperçois que pour celui de 24, je puis me servir du diametre de cette piece aux plattes-bandes de la culasse, & pour celui de 4 du même diamétre de cette piece, plus de ce diamétre, & en divisant ces lignes en 150 parties égales, je puis m’en servir pour toutes les largeurs & pour toutes les longueurs (hormis pour les lignes NI, MR, & Re), & même pour la ferrure ; & pour commencer l’ouvrage, je trace d’abord une ligne horisontale AB ; puis sous un angle de dix degrés ACD, je tire la ligne DCE, qui sera l’axe prolongé du canon. Du point C je leve sur DE la perpendiculaire CF, égale au rayon du tourillon, dont F sera le centre. Je prends CG égale à la longueur de la piece depuis le centre des tourillons jusqu’à l’extrémité de la culasse ; en G je fais le perpendiculaire HI, égale au diamétre de la piece à l’extrémité de la culasse, & je fais G H = G I ; pour IK, je prends de HI ; je tire la ligne FK, & la prolonge des deux côtés ; je prends de la largeur du flasque