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Les branches feuillées sortent du tronc en sautoir deux à deux ; celles qui sont au-dessus sortent de l’entre-deux des inférieures ; elles enveloppent par leur base le sommet du tronc, comme par une gaine ou une capsule ronde & fermée ; elles forment par ce moyen une tête oblongue au sommet, plus grosse que le tronc de l’arbre même.

Le pié des branches feuillées extérieurement se fend & se rompt, & elles tombent successivement l’une après l’autre : les branches feuillées sont composées d’une côte un peu creuse en-dessus, arrondie en-dessous, & de feuilles placées deux à deux & opposées, longues de trois ou quatre piés, larges de trois ou quatre pouces plus ou moins, pliées comme un éventail, vertes, & luisantes : au haut du tronc il sort de chaque aisselle de feuille une capsule en forme de gaîne, longue de quatre empans, plus ou moins, qui renferme les tiges chargées de fleurs & de fruits, concaves par où elles se rompent & s’ouvrent, d’un verd blanchâtre d’abord extérieurement, jaunâtre ensuite, & blanches en-dedans.

Les tiges qui sont renfermées dans ces gaînes sont les unes plus grosses, & chargées vers le bas de fruits tendres ; les autres sont plus grêles, & garnies des deux côtés de boutons de fleurs : ces boutons sont petits, anguleux, blanchâtres, s’ouvrant en trois pétales, roides, pointus, & un peu épais ; ils contiennent dans leur milieu neuf étamines grêles, dont trois sont plus longues, d’un jaune blanchâtre, qui sont entourées des six autres plus petites & plus jaunes.

Description du fruit arec. Les fruits encore tendres & mous sont blancs & luisans, attachés à des pédicules blancs, de figure anguleuse & non arrondis, renfermés pour la plus grande partie dans les feuilles du calice, qui sont ovalaires & entrelacées les unes avec les autres : ils contiennent beaucoup de liqueur limpide, d’un goût astringent, placée au milieu de la pulpe, qui s’augmente avec le tems ; & la liqueur diminue jusqu’à ce qu’il n’en reste plus : ensuite il naît une moelle blanchâtre, tandis que la pulpe s’endurcit, & l’écorce acquiert enfin la couleur de jaune doré.

Les fruits devenus assez gros, & n’étant pas encore secs, sont ovalaires, & ressemblent fort à des dattes : ils sont plus serrés aux deux bouts, & composés d’une écorce épaisse, lisse, membraneuse, & d’une pulpe d’un brun rougeâtre, qui devient en séchant fibreuse ou cotonneuse, & jaunâtre : la moelle, ou plûtôt le noyau ou la semence qui est au milieu, est blanchâtre.

Lorsque le fruit est sec, le noyau se sépare aisément de la pulpe fibreuse ; il est de la grosseur d’une aveline ou d’une muscade, le plus souvent en forme de poire, ou applati d’un côté & sans pédicule, convexe de l’autre, ridé, cannelé extérieurement ; d’une couleur rousse ou de canelle, d’une matiere dure, difficile à couper, panaché de veines blanchâtres, rousses & rougeâtres ; d’un goût un peu aromatique, & légerement astringent. C’est ce fruit que nous nommons proprement arec, & les Arabes fauvel.

Usages que les Indiens font de ce fruit. L’usage que les Indiens en font tous les jours, lui a donné une très grande réputation. Ils le mâchent continuellement, soit qu’il soit mou, soit qu’il soit dur, avec le lycium indien, ou le kaath, les feuilles de betel, & très peu de chaux. Ils avalent le suc ou la salive teinte de ces choses, & ils crachent le reste ; leur bouche alors paroît toute en sang, & fait peur à voir.

Ils ne manquent pas de l’employer comme une espece de régal dans les visites qu’ils se font. Leur maniere de le servir, est de le présenter en entier, ou coupé en plusieurs tranches. Lorsqu’on le présente entier, on sert en même tems un instrument propre à le couper, qui est une espece de ciseau, composé de deux branches mobiles arrêtées par une de leurs


extrémités, & qui s’ouvre de l’autre. C’est par l’extrémité par laquelle le ciseau s’ouvre, que l’on presse l’arec, que l’on met entre ces deux branches pour le couper en autant de parties que l’on veut : & de ces deux branches il n’y en a qu’une, qui est la supérieure, destinée à couper ; l’inférieure ne sert que d’appui pour soûtenir cette semence dans le tems de l’effort que l’on fait par l’abaissement de la partie supérieure du ciseau.

Lorsqu’on le sert coupé en tranches, c’est ordinairement sur des feuilles de betel dans lesquelles on enveloppe ces morceaux, après les avoir auparavant couverts d’une couche légere de chaux, propre à se charger du suc de l’arec & du betel, quand on les mâche, pour en faire conserver plus longtems dans la bouche une saveur agréable.

Préparations du cachou. Je viens à la maniere de préparer l’extrait d’areca ; la voici, selon que le rapporte Hebert de Jager dans les Ephémerides des curieux de la nature, decur. II. an. 3.

On coupe en deux ou en trois morceaux la noix d’areca ou faufel avant qu’elle soit tout-à-fait mûre, & lorsqu’elle est encore verte, & on la fait bouillir dans de l’eau, en y ajoûtant un peu de chaux de coquillages calcinés pendant l’espace de quatre heures, jusqu’à ce que les morceaux de cette noix ayent contracté une couleur d’un rouge obscur. La chaux y sert beaucoup. Alors on passe cette décoction encore chaude ; & lorsqu’elle est refroidie, on la sépare un peu de la matiere épaisse & de la lie qui va au fond du vaisseau. Cette lie étant épaisse, s’appelle aussi kaath, & on l’employe de la même maniere que l’extrait appellé cate. Mais pour rendre cet extrait plus excellent, ils y ajoûtent l’eau de l’écorce encore verte du tsianra, ou de l’acacia, dont nous avons parlé, qu’ils pilent & font macérer pendant trois jours. Enfin, lorsque ce suc est épaissi, ils l’exposent au soleil sur des nattes, & ils le réduisent en petites masses ou en pastilles.

Les grands du pays & les riches ne se contentent pas de ce cachou : ils y mêlent du cardamome, du bois d’aloès, du musc, de l’ambre, & d’autres choses, pour le rendre plus agréable & plus flatteur au goût. Telle est la composition de quelques pastilles que l’on prépare dans les Indes, qui sont rondes, plates, de la grosseur d’une noix vomique, que les Hollandois apportent en Europe sous le nom de siri gata gamber.

Telles sont aussi des pastilles noires qui ont différentes figures, tantôt rondes comme des pilules, tantôt comme des graines, des fleurs, des fruits, des mouches, des insectes, tantôt comme des crotes de souris, &c. que les Portugais sont dans la ville de Goa, & que les François méprisent à cause de leur violente odeur aromatique. Mais comme les nations qui fabriquent ces pastilles, sont fort trompeuses, il leur arrive souvent d’y mêler d’autres corps étrangers, pour en augmenter le poids & le volume ; desorte qu’il est rare d’en voir sortir de pures de leurs mains.

Pour ce qui est du cachou simple, naturel, & sans aromates, qui passe en Europe, & que nous recherchons le plus ; c’est un pur extrait de l’arec fait sur les lieux, & rendu solide par l’évaporation de toute l’humidité que cet extrait contenoit.

On coupe les graines d’arec vertes, en tranches ; on les met bouillir dans l’eau, jusqu’à ce que cette eau soit chargée d’une forte teinture rouge-brune ; on passe cette décoction, qu’on fait évaporer jusqu’à consistance d’extrait, auquel on donne telle forme que l’on veut, & qui se durcit bientôt après.

Effets de l’arec quand il est verd. Garcias & Bontius assûrent que si l’on mâche l’arec verd, il cause une espece de vertige & d’ivresse semblable à celle