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sur les épîtres de S. Paul, & sur les endroits les plus difficiles de l’Ecriture, & ceux de Sylvius sur la somme de S. Thomas, ne sont autre chose que leurs explications recueillies qu’on a fait imprimer.

Les écoles de Théologie de la Minerve & du collége de la Sapience à Rome, celles de Salamanque & d’Alcala on Espagne, sont fameuses parmi les Catholiques. Les Protestans en ont aussi eu de célebres, telles que celles de Saumur & de Sedan. Celles de Genève, de Leyde, d’Oxford, & de Cambridge, conservent encore aujourd’hui une grande réputation.

Ecole de Medecine, voyez Docteur en Medecine & Faculté.

Ecole militaire. L’école royale militaire est un établissement nouveau, fondé par le Roi, en faveur des enfans de la noblesse françoise dont les peres ont consacré leurs jours & sacrifié leurs biens & leur vie à son service.

On ne doit pas regarder comme nouvelle, l’idée générale d’une institution purement militaire, où la jeunesse pût apprendre les élémens de la guerre. On a senti de tout tems qu’un art où les talens supérieurs sont si rares, avoit besoin d’une théorie aussi solide qu’étendue. On sait avec quels soins les Grecs & les Romains cultivoient l’esprit & le corps de ceux qu’ils destinoient à être les défenseurs de la patrie : on n’entrera point dans un détail que personne n’ignore ; mais on ne peut s’empêcher de faire une réflexion aussi simple que vraie. C’est sans doute à l’excellente éducation qu’ils donnoient à leurs enfans, que ces peuples ont dû des héros précoces qui commandoient les armées avec le plus grand succès, à un âge où les mieux intentionnés commencent à-présent à s’instruire : tels furent Scipion, Pompée, César, & mille autres qu’il seroit aisé de citer.

Les paralleles que nous pourrions faire dans ce genre, ne nous seroient peut-être pas avantageux ; & les exemples ; en très-petit nombre, que nous serions en état de produire à notre avantage, ne devroient peut-être se considérer que comme un fruit de l’éducation réservée aux grands seuls, & par conséquent ne feroient point une exception à la regle.

On ne parlera pas non plus de ce qui s’est pratiqué long-tems dans la monarchie ; tout le monde, pour ainsi dire, y étoit guerrier : les troubles intérieurs, les guerres fréquentes avec les nations voisines, les querelles particulieres même, obligeoient la noblesse à cultiver un art dont elle étoit si souvent forcée de faire usage. D’ailleurs la constitution de l’état militaire étoit alors si différente de ce qu’elle est à-présent, qu’on ne peut admettre aucune comparaison. Tous les seigneurs de fiefs, grands ou petits, étoient obligés de marcher à la guerre avec leurs vassaux ; & le même préjugé qui leur faisoit mépriser toute autre profession que celle des armes, les engageoit à s’instruire de ce qui pouvoit les y faire distinguer. On n’oseroit pourtant pas affirmer que la noblesse alors cherchât à approfondir beaucoup les mystères d’une théorie toûjours difficile ; mais c’est peut-être aussi à cette négligence, qu’on doit imputer le petit nombre de grands généraux que notre nation a produits dans les tems dont je parle.

Quoi qu’il en soit, l’état militaire étant devenu un état fixe, & l’art de la guerre s’étant fort perfectionné, principalement dans deux de ses plus importantes parties, le Génie & l’Artillerie, les opérations devenues plus compliquées, ont plus besoin d’être éclairées par une théorie solide, qui puisse servir de base à toute la pratique.

Depuis très-long-tems tous les gens éclairés ont peut-être senti la nécessité de cette théorie, quelques-uns même ont osé proposer des idées générales. Le célebre la Noue, dans ses discours politiques & militaires, fait sentir les avantages d’une éducation


propre à former les guerriers : il fait plus ; il indique quelques moyens analogues aux mœurs de son tems, & à ce qui se pratiquoit alors dans le peu de troupes réglées que nous avions. Ces discours furent estimés ; mais l’approbation qu’on, leur donna fut bornée à cette admiration stérile, qui depuis a été le sort de quantité d’excellentes vûes enfantées avec peine, souvent loüées, & rarement suivies.

Le cardinal Mazarin est le seul qu’on connoisse, après la Noue, qui ait tenté l’exécution d’une institution militaire. Lorsqu’il fonda le collége qui porte son nom, il eut intention d’y établir une espece d’école militaire, si l’on peut appeller ainsi quelques exercices de corps qu’il vouloit y introduire, & qui semblent se rapporter plus directement à l’art de la guerre, quoiqu’ils soient communs à tous les états. Ses idées ne furent pas accueillies favorablement par l’université de Paris, & la mort du cardinal termina la dispute. Cet établissement est devenu un simple collége, & à cet égard on ne croit pas qu’il ait eu aucune distinction, si ce n’est que la premiere chaire de Mathématiques qui ait été fondée dans l’université, l’a été au collége Mazarin.

Une idée aussi frappante ne devoit pas échapper à M. de Louvois : aussi ce ministre eut-il l’intention d’établir à l’hôtel royal des Invalides, une école propre à former de jeunes militaires. On ignore les raisons qui s’opposerent à son dessein, mais il est sûr qu’il n’eut aucune exécution.

Il étoit difficile d’abandonner entierement un projet dont l’utilité étoit si démontrée. Vers la fin du dernier siecle on proposa l’établissement des cadets gentilshommes, comme un moyen certain de donner à la jeune noblesse une éducation digne d’elle, & qui devoit contribuer nécessairement aux progrès de l’art militaire. Les différentes compagnies qui furent établies alors, après diverses révolutions furent réunies en une seule à Metz, & en 1733 le Roi jugea à-propos de la supprimer. Cette institution pouvoit sans doute avoir de grands avantages ; mais on ne sauroit dissimuler aussi qu’elle avoit de grands inconvéniens. Il seroit superflu d’entrer dans ce détail, il suffit de dire que depuis ce tems l’école des cadets n’a point été rétablie.

En 1724, un citoyen connu par son zèle, par ses talens & par ses services, ne craignit pas de renouveller un projet déjà conçû plusieurs fois, & toûjours échoüé : il avoit des connoissances assez vastes pour trouver les moyens d’exécuter de grands desseins ; & l’on comptoit sans doute sur son génie, lorsqu’on adopta l’idée qu’il présenta d’un collége académique, dont le but étoit non-seulement d’instruire la jeunesse dans l’art de la guerre, mais aussi de cultiver tous les talens, & de mettre à profit toutes les dispositions qu’on trouveroit, dans quelque genre que ce pût être. La Théologie, la Jurisprudence, la Politique, les Sciences, les Arts, rien n’en étoit exclu. Toutes les mesures étoient prises pour l’exécution : la place indiquée pour le bâtiment, étoit dans la plaine de Billancourt ; les plans étoient arrêtés, la dotation étoit fixée, lorsque des circonstances particulieres firent évanoüir ce projet. Quelques soins qu’on se soit donné, il n’a pas été possible de recouvrer les mémoires qui avoient été faits à cette occasion ; l’on y auroit trouvé sans doute des recherches dont on auroit profité, & que l’on regrette encore tous les jours.

S’il est permis cependant de faire quelques réflexions sur un dessein aussi vaste, on ne peut s’empêcher d’avoüer que le succès en étoit bien incertain : on oseroit presqu’ajoûter que le but en étoit assez inutile à bien des égards. En effet, n’y a-t-il pas assez d’écoles où l’on enseigne la Théologie & la Jurisprudence ? manque-t-on de secours pour s’instruire