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1°. A serrer & à ouvrir les files & les rangs.

2°. Au demi-tour à droite ou à gauche, qu’on appelle aussi volte-face.

3°. Aux à-droite & aux à-gauche par division du front de l’escadron.

4°. A la demi-conversion que la plûpart des auteurs modernes appellent caracole.

5°. A faire marcher l’escadron par différentes divisions, pour le faire défiler, & le remettre ensuite en bataille.

Et 6°. à doubler & à dédoubler les rangs de l’escadron.

I. Problème.
Un escadron étant en bataille, lui faire serrer ou ouvrir ses files.

Lorsque l’escadron étant en bataille, si les cavaliers occupent chacun plus de trois piés, on peut les faire serrer les uns sur les autres, pour les réduire à cette distance.

Pour le faire, il faut observer que les chevaux ne peuvent pas tourner sur eux-mêmes dans le rang, comme le font les soldats dans le bataillon, à cause de l’inégalité de leurs deux dimensions, à moins que les files ne soient plus ouvertes que l’étendue de la longueur du cheval ; ce qu’on ne suppose point ici : c’est pourquoi la méthode pratiquée pour cet effet dans l’infanterie ne peut avoir lieu dans la cavalerie.

Quand même les files seroient plus espacées que de la longueur d’un cheval, on ne pourroit les serrer qu’à cette distance, en faisant tourner les chevaux du même côté, & en les faisant ensuite serrer les uns sur les autres ; ce qui laisseroit encore occuper aux files environ 7 piés ou 7 piés & demi de largeur. Il faut donc avoir recours à une autre méthode : elle consiste, comme les chevaux ont la faculté d’aller de côté, à les faire serrer les uns sur les autres, en marchant un peu de côté ; c’est ce qui s’exécute très-promptement & très-facilement, lorsque les chevaux sont un peu dressés à cette manœuvre.

Il est clair qu’on peut ouvrir les files de la même maniere, lorsqu’on les trouve trop serrées. A l’égard des rangs, s’ils sont plus éloignés les uns des autres qu’il ne convient, on fait avancer les derniers sur le premier ; & s’il s’agit de les ouvrir, le premier avance, & ceux qui le suivent prennent ensuite telle distance qu’on juge à-propos.

Second Problème.
Un escadron étant en bataille, lui faire faire face du côté opposé à son front, ou, ce qui est le même, lui faire exécuter le demi-tour à droite.

Voyez Demi-tour à droite, où l’on a donné la maniere d’exécuter ce mouvement en doublant le nombre des rangs de l’escadron, pour laisser aux chevaux l’espace nécessaire pour tourner dans le rang, & en faisant rentrer ensuite les rangs les uns dans les autres, &c.

Il est aisé d’observer que par ce mouvement le premier rang devient le dernier ; ce qui est un inconvénient assez considérable, qu’on ne peut néanmoins éviter que par le quart de conversion : mais ce dernier mouvement a celui de faire changer la troupe de terrein, & d’exiger d’ailleurs de part & d’autre de l’escadron des intervalles égaux à son front.

Il y a une autre maniere de faire tourner l’escadron de la tête à la queue, qui peut aussi servir à faire marcher la troupe par l’un de ses flancs ; ce qui ne se peut point par le demi-tour à droite qu’on a déjà expliqué. Cette méthode consiste à diviser le front de l’escadron en divisions qui ayent au moins la longueur du cheval, & à faire tourner ensuite ces divisions, comme on fait tourner les soldats sur eux-mêmes


dans l’infanterie, pour faire à-droite ou à-gauche : on va en donner l’exemple dans le problème suivant.

Troisieme Problème.
Faire à-droite ou à-gauche par divisions du front de l’escadron, pour faire volte-face ou le demi-tour à droite, & pour marcher par la droite ou par la gauche de l’escadron.

Comme le seul obstacle qui empêche le cavalier de se tourner dans le rang, ainsi que le fait le soldat, n’est autre chose que la longueur du cheval qui a plus de deux fois sa largeur, il faut, pour remédier à cet inconvénient, prendre dans le rang un nombre de cavaliers suffisant pour que le front surpasse la longueur du cheval ; considérant ensuite ces cavaliers comme formant un seul corps inflexible, on pourra les faire tourner tous ensemble dans le rang, de la même maniere qu’on le fait dans le quart de conversion & les à-droite & les à-gauche de l’infanterie.

On a déjà observé que chaque cavalier occupe, à-peu-près, trois piés de largeur dans le rang, & que la longueur du cheval est d’environ 7 piés ou 7 piés & demi : il suit de-là que deux cavaliers joints ensemble n’occupent que 6 piés de front, & par conséquent qu’ils ne peuvent tourner dans le rang, parce que ce front est plus petit que la longueur du cheval. Mais trois cavaliers, qui occupent un espace de 9 piés, peuvent le faire ; & à plus forte raison, quatre, cinq, six, sept, &c. cavaliers.

Si l’on fait tourner des divisions de trois cavaliers, les rangs qu’elles formeront après avoir fait le quart du tour, ne seront qu’à la distance d’environ un pié & demi les uns des autres, & par conséquent trop près pour pouvoir marcher en-avant, sans que les chevaux se donnent des atteintes. Cette grande proximité ne permettroit pas non plus que les divisions fissent ensemble leur mouvement ; elles s’embarrasseroient trop les unes & les autres dans son exécution. Il faudroit, pour éviter cet inconvénient, qu’elles le fissent successivement.

Mais si l’on fait tourner ensemble quatre cavaliers, ils occuperont un espace de douze piés ; & comme le cheval n’en a qu’environ sept & demi, les rangs que ces divisions formeront, après avoir fait la moitié du demi-tour, seront éloignés les uns des autres d’environ quatre piés & demi. Alors ces divisions peuvent tourner ensemble, & marcher en-avant, sans aucune difficulté.

Si l’on fait les divisions de cinq cavaliers, les rangs qu’elles formeront après avoir tourné à droite ou à gauche, auront à-peu-près sept piés & demi d’intervalle, c’est-à-dire environ la longueur d’un cheval ; si elles sont de six cavaliers, cet intervalle sera de dix piés, & si elles sont de sept, d’environ douze piés. Cette derniere distance est celle que M. le maréchal de Puységur prétend qu’il doit y avoir entre les rangs ; c’est pourquoi il regarde le mouvement dont il s’agit par divisions de sept cavaliers, comme plus parfait que par tout autre nombre.

Cependant comme le mouvement par quatre cavaliers s’exécute aisément, que ce nombre est moins difficile à compter que toute autre division, l’usage le plus ordinaire des troupes étant de marcher ou de défiler par quatre, il suit de-là que ces divisions peuvent, pour ainsi dire, se former elles-mêmes : ce sera, par cette raison, le mouvement par quatre qu’on expliquera ici ; mais ce qu’on en dira pourra s’appliquer à toute autre division d’un plus grand nombre de cavaliers.

Soit la figure 67,[1] une partie quelconque de

  1. On a marqué dans cette figure & dans les deux sui-