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Paris en 1731, après avoir eu le malheur d’être privé de l’usage de ses yeux dès l’âge de vingt-quatre ans, étoit un esprit très-pénétrant, très-étendu ; un écrivain fécond & délicat ; un modele de décence, de politesse & d’honnêteté dans la critique. Ses ouvrages, en grand nombre, sont remplis de beautés, de goût & d’érudition choisie. Enfin les fables même qu’il a publiées, indépendamment des autres morceaux excellens qui nous restent de lui en plusieurs genres, empêcheront toûjours qu’on n’ose le mettre au rang des auteurs médiocres.

Je ne dirai rien de nos voisins ; le talent de conter supérieurement n’a point passé chez eux, ils n’ont point de fabulistes. Je sai bien que le poëte Gai a fait en anglois des fables estimées par sa nation, & que Geller, poëte saxon, a publié des fables & des contes qui ont eu beaucoup de succès dans son pays ; mais les Anglois ne regardent les fables de Gai que comme son meilleur ouvrage, & les Allemands même reprochent à Geller d’être monotone & diffus. Je doute que ce qui manque à l’un pour être excellent, & que deux défauts aussi considérables que ceux qu’on reconnoît dans l’autre, puissent être rachetés par la pureté du style, la délicatesse des pensées, & les sentimens d’amour & d’amitié qu’on dit que celui-ci a sû répandre dans ce genre d’ouvrages ; & par la force de l’expression, & la beauté de la morale & des maximes qu’on accorde à celui-là. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

FAÇADE, s. f. (Archit.) c’est le frontispice ou la structure extérieure d’un bâtiment. On dit le frontispice d’une église, d’un temple, d’un monument public, &c. On dit la façade du côté des jardins, du côté de la rue, de la cour, du grand chemin, &c. On appelle encore façade latérale, le mur de pignon ou le retour d’un bâtiment isolé. C’est par la décoration de la façade d’un édifice, que l’on doit juger de l’importance de ce dernier, du motif qui l’a fait élever, & de la dignité du propriétaire : c’est par son ordonnance que la capacité d’un architecte se manifeste, & que les hommes intelligens jugent de la relation qu’il a sû observer entre la distribution des dedans, & celle des dehors, & de ces deux parties avec la solidité. L’on peut dire que la façade d’un bâtiment est à l’édifice, ce que la physionomie est au corps humain : celle-ci prévient en faveur des qualités de l’ame ; l’autre détermine à bien juger de l’intérieur d’un bâtiment. Mais, de même qu’un peintre, un sculpteur doit varier les expressions de ses figures, afin de ne pas donner à un soldat le caractere d’un héros, ni aux dieux de la fable, des traits qui tiennent trop de l’humanité ; il convient qu’un architecte fasse choix d’un genre de décoration, qui désigne sans équivoque les monumens sacrés, les édifices publics, les maisons royales, & les demeures des particuliers ; attention que nos modernes ont trop négligée jusqu’à présent. Tous nos frontispices, nos façades extérieures portent la même empreinte : celles de nos hôtels sont revêtues des mêmes membres d’architecture, & l’on y remarque les mêmes ornemens qui devroient être reservés pour nos palais ; négligence dont il résulte non-seulement un défaut de convenance condamnable, mais encore une multiplicité de petites parties, qui ne produisent le plus souvent qu’une architecture mesquine, & un desordre dont se ressentent presque toutes les productions de nos jours, sans excepter les temples consacrés à la Divinité.

Malgré l’abus général dont nous parlons, nous allons citer les frontispices & les façades de nos bâtimens françois les plus capables de servir d’autorités, & dont les compositions sont les plus exemptes des défauts que nous reprochons ici. De ce nombre sont, la façade du Louvre du côté de Saint Germain


l’Auxerrois, par Claude Perault, pour la décoration des palais des rois : la façade de Versailles, du côté des jardins, par Hardoüin Mansard, pour les maisons royales : la façade du château de Maisons, par François Mansart, pour les édifices de ce genre : la façade du côté de la cour de l’hôtel de Soubise, par M. de la Mair, pour la demeure de nos grands seigneurs : la façade de la maison de campagne de M. de la Boissiere, par M. Carpentier, pour nos belvéders & nos jolies maisons de campagne : les façades de la maison de M. de Janvri, fauxbourg Saint-Germain, par M. Cartaut, pour nos maisons particulieres : la façade du bâtiment de la Charité, rue Taranne, par M. Destouches, pour nos maisons à loyer : le frontispice de l’église de Saint Sulpice, par M. de Servandoni, pour annoncer la grandeur & la magnificence de nos édifices sacrés : celui des Feuillans du côté de la rue Saint Honoré, pour la pureté de l’architecture, par François Mansart : celui de l’église de la Culture de Sainte Catherine, pour la singularité, par le P. de Creil. Enfin nous terminerons cette énumération par la décoration de la porte de Saint-Denis, élevée sur les desseins de François Blondel, comme autant de modeles qui doivent servir d’étude à nos architectes, attirer l’attention des amateurs, & déterminer le jugement de nos propriétaires. Voyez la plus grande partie des façades que nous venons de citer, & les descriptions qui en ont été faites, répandues dans les huit volumes de l’Architecture françoise. Voyez aussi les façades que nous donnons dans cet Ouvrage, Pl. d’Architecture. (P)

FACE, (Anat.) visage de l’homme. Cette partie animée par le souffle de Dieu, suivant l’expression de Moyse (Gen. ij. 7.), a des avantages très-considérables sur celle qui lui répond dans les autres animaux, & qu’on appelle bec, museau, ou hure. Voyez Bec, &c.

Cicéron, Ovide, Silius Italicus, & plusieurs autres, ont remarqué que l’homme seul de tous les animaux, a la face tournée vers le ciel. Brown, l. I V. ch. j. de son ouvrage sur les erreurs populaires, a dit là-dessus des choses assez curieuses. Voy. Brown’s Worcks, p. m. 149-151.

M. de Buffon, dans le second tome de son histoire naturelle, a exprimé parfaitement les traits caractéristiques qui peignent les passions fortes par le changement de la physionomie. Si l’on considere combien les passions ont de degrés & de combinaisons différentes, si l’on observe ensuite que chaque modification des mouvemens de l’ame est reconnoissable à des yeux exercés, on sera étonné de la diversité prodigieuse des mouvemens, dont les muscles de la face sont susceptibles. Voyez Physionomie.

On juge encore du tempérament ; & presque des mœurs & du caractere d’esprit, par l’inspection des rides du front. Le principe de cet art, dont l’application paroît fort vaine, a été singulierement défendu par M. Lancisi, dans une dissertation qui est à la tête du Theatrum anat. de Manget. Voy. Métoposcopie.

Les Anatomistes sont assez d’accord sur l’exposition des os de la face ; mais ils different extrèmement dans les descriptions des muscles de cette partie. Celles de Santorini sont très-remarquables. Observ. anat. chap. j. Voyez les articles particuliers des os & des muscles de la face, comme Maxillaire, Masseter, &c.

On distingue la face en partie supérieure ou front, & en partie inférieure. Enfin on se sert du mot face, pour exprimer le côté supérieur, antérieur, &c. de différentes parties du corps. (g)

Face, (Séméiotique.) Voyez Visage.

Face hippocratique, voyez Visage Hippocratique.