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dité ; & on les multiplie aisément de graine, ou de bouture, pourvû qu’on s’y prenne dès le commencement du printems : mais les boutures doivent être plantées dans une terre naturelle, legere, sablonneuse, & au mois de Mai ; elles y réussiront fort bien, & seront en état d’être mises au mois d’Août suivant dans des pots & couches chaudes, où on les laissera en plein air jusqu’au mois de Septembre ; car les ficoïdes se plaisent à découvert, & les petites gelées ont de la peine à mordre dessus. Par rapport au tems de leur durée, la plûpart des especes en buisson veulent être renouvellées tous les deux ou trois ans, aussi bien que les especes rampantes ; car les plantes de ce genre qui ont trois ans périssent souvent, ou si elles vivent, elles sont ordinairement mal-faites & délabrées.

Il est d’usage en plusieurs endroits d’Angleterre, de faire venir ces boutures sur une couche faite avec du tan, qui est un mélange, lequel, sans brûler les plantes, leur fournit une chaleur douce pendant trois ou quatre mois.

Il y a quelques especes de ficoïdes qui sont annuelles, & qu’on doit multiplier de graine tous les ans. Leurs feuilles sont d’abord à-peu-près comme celles de la tête de fleche, couvertes de petites vessies remplies d’un jus clair, qui les fait paroître comme autant de diamans lorsque le soleil donne dessus ; mais à mesure que la plante grossit, les feuilles diminuent & changent de figure. Leurs branches sont couvertes de vésicules transparentes, & produisent au mois de Septembre des petites fleurs blanches. Cette espece passera l’hyver, pourvû qu’on fasse lever les jeunes plantes vers le mois de Juillet & d’Août ; car alors elles ne se disposeront point à fleurir pendant trois ou quatre mois.

Il y a une autre espece de ficoïdes qui sont nains, & qui ont la même forme que l’aloès ; ils croissent toûjours fort près de terre, sans pousser de branches. La plûpart durent cinq ou six ans sans être renouvellées ; mais elles pourront perdre quelques-unes de leurs feuilles les plus proches de terre, si la surface du terrein n’est pas couverte de décombres criblés, qui contribuent à boire l’humidité, & à empêcher les feuilles de se pourrir. Ces especes basses ont ordinairement les feuilles plus succulentes, & par conséquent ont plus à craindre l’humidité que les autres : on les plante sur de petites élévations de terre au milieu des pots.

Pareillement, quelques-unes des especes rampantes, qui ont les feuilles bien succulentes & les tiges tendres, doivent être mises dans une terre dont le sommet soit couvert d’une couche mince de décombres, ou de cendres de charbon de terre, pour empêcher que le trop d’humidité ne les pourrisse. La terre que l’on destine à chaque espece de cette plante, doit être legere & sablonneuse, & mêlée avec une quatrieme partie de décombres.

Les especes en buisson dont la tige est ligneuse, doivent être arrosées modérément. Cette classe de ficoïdes demande la chaleur & l’avantage du soleil, sans quoi leurs fleurs ne s’épanoüiroient jamais, à l’exception des especes qui ne fleurissent que la nuit. Il est bon de ne planter les boutures, que quand la cicatrice de leur coupe est formée.

Les ficoïdes sont très-diversifiés par la couleur de leurs fleurs blanches, jaunes, dorées, orangées, bleues, pourpres, écarlates ; & même quelques especes sont continuellement en fleurs. Un des plus remarquables ficoïde est celui que les Anglois nomment diamond plant, ou ice plant, & les Botanistes ficoïde d’Afrique, à fleurs de plantain ondées, argentées, & brillantes comme des facettes de glace. Miller a trouvé le secret d’en perfectionner la culture, & de faire venir en Angleterre la tige, les branches


& les feuilles de cette espece, plus belles qu’en Afrique. Voyez ce qu’il dit à ce sujet dans son dictionnaire des plantes de jardin, & joignez-y l’ouvrage de Bradley, intitulé Historia plantar. succulentar. ornée de figures en taille-douce, & dont les diverses décades ont paru successivement à Londres en 1716, 1717, 1725, & 1727, in-4°. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

FICTIF ou FICTICE, adj. (car ces deux mots paroissent l’un & l’autre en usage), se dit, en Philosophie, des choses qu’on suppose sans fondement ; un être fictif, une hypothese fictice. Fictif paroît aujourd’hui plus usité ; fictice est plus analogue au latin fictitius, qui a le même sens.

Fictif, (Jurisprud.) se dit de quelque chose qui n’est point réel, mais que l’on suppose par fiction ; par exemple, une rente, un office, sont des immeubles fictifs, au lieu qu’un héritage est un immeuble réel. Voyez Immeubles. Il y a des propres fictifs, qui sont les deniers stipulés propres. Voyez Propres. (A)

Fictif, (Docimast.) Voyez Poids fictif.

FICTION, s. f. (Belles-Lettres.) production des Arts qui n’a point de modele complet dans la nature.

L’imagination compose & ne crée point : ses tableaux les plus originaux ne sont eux-mêmes que des copies en détail ; & c’est le plus ou le moins d’analogie entre les différens traits qu’elle assemble, qui constitue les quatre genres de fiction que nous allons distinguer ; savoir, le parfait, l’exagéré, le monstrueux, & le fantastique.

La fiction qui tend au parfait, ou la fiction en beau, est l’assemblage régulier des plus belles parties dont un composé naturel est susceptible, & dans ce sens étendu, la fiction est essentielle à tous les arts d’imitation. En Peinture, les Vierges de Raphael & les Hercules du Guide, n’ont point dans la nature de modele individuel ; il en est de même en Sculpture de la Vénus pudique & de l’Apollon du Vatican ; en Poësie de Cornélie & de Didon. Qu’ont fait les Artistes ? ils ont recueilli les beautés éparses des modeles existans, & en ont composé un tout plus ou moins parfait, suivant le choix plus ou moins heureux de ces beautés réunies. Voyez dans l’article Critique, la formation du modele intellectuel, d’après lequel l’imitation doit corriger la nature.

Ce que nous disons d’un caractere ou d’une figure, doit s’entendre de toute composition artificielle & imitative.

Cependant la beauté de composition n’est pas toûjours un assemblage de beautés particulieres. Elle est relative à l’effet qu’on se propose, & consiste dans le choix des moyens les plus capables d’émouvoir l’ame, de l’étonner, de l’attendrir, &c. Ainsi la furie qui poursuit Io, doit être décharnée ; ainsi le gardien d’un serrail doit être hideux. La bassesse & la noirceur concourent de même à la beauté d’un tableau héroïque. Dans la tragédie de la mort de Pompée, la composition est belle autant par les vices de Ptolemée, d’Achillas, & de Septime, que par les vertus de Cornélie & de César. Un même caractere a aussi ses traits d’ombre & de lumiere, qui s’embellissent par leur mélange : les sentimens bas & lâches de Felix achevent de peindre un politique. Mais il faut que les traits opposés contrastent ensemble, & ne détonnent pas. Narcisse est du même ton que Burrhus ; Tersite n’est pas du même ton qu’Achille.

C’est sur-tout dans ces compositions morales, que le peintre a besoin de l’étude la plus profonde, non seulement de la nature entant que modele, pour l’imiter, mais de la nature spectatrice pour l’intéresser & l’émouvoir.

Horace, dans la peinture des mœurs, laisse le