Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 7.djvu/719

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cher, ils se donnent pour les mêmes maux, où leur huile est recommandée, à la dose en substance depuis quatre grains jusqu’à douze, & en infusion depuis demi-dragme jusqu’à deux : mais l’huile est absolument préférable, parce qu’elle réunit en plus petite quantité toutes les propriétés du fruit.

Les Apothicaires font entrer les clous & l’huile de girofle dans plusieurs compositions pharmaceutiques, que personne ne prescrit.

Réflexions sur le commerce du girofle. C’est à Amboine que les Hollandois ont leurs magasins de girofle dans le fort de la Victoire, où les habitans portent leur récolte, dont on a réglé le prix à soixante réales de huit la barre, qui est de cinq cents cinquante livres de poids. Les habitans sont obligés de planter un certain nombre de girofliers par an ; ce qui les a multipliés au point qu’on l’a desiré pour le débit annuel, lequel il n’est guere possible d’évaluer sans être dans le secret : il suffira de dire que la France seule en achete cinq ou six cents quintaux par année.

Personne n’ignore avec quelle jalousie la compagnie des Indes orientales hollandoise s’applique à se conserver l’unique débit de cette marchandise : cependant elle n’a jamais pû empêcher qu’il ne s’en fît un assez grand déversement par ses propres officiers, en plusieurs lieux des Indes. Une maniere qu’ils ont de tromper la compagnie, est d’en vendre aux navires des autres nations qu’ils rencontrent en mer, & de mouiller le reste, afin que le nombre des quintaux de girofle qui sont leur cargaison, s’y trouve toûjours ; ce qui peut aller à dix par cent, sans que les commis des magasins qui les reçoivent à Batavia, puissent s’en appercevoir. (D. J.)

GIROFLÉE, s. f. (Culture des fleurs.) fleur du giroflier. C’est à sa gloire que les amateurs cultivent la plante qui la donne ; elle lui a même enlevé son nom dans la plûpart des langues modernes ; le giroflier ne se dit plus en françois, que de celui des masures : les Anglois ne l’appellent également que walflower, tandis que celui de leurs jardins se nomme par excellence la fleur de Juillet, stock July flower : enfin les Flamands laissant à la plante sauvage la dénomination de violier, violier-boomtje, caractérisent celle des jardins par le beau nom de nagel bloem.

Il y a des giroflées simples & des doubles de toutes couleurs, blanches, jaunes, bleues, pourpres, violettes, rouges, écarlates, marbrées, tachetées, jaspées. Les unes & les autres viennent de graine, de marcottes ou de boutures : elles ne durent que deux ans ; mais la meilleure méthode est de les multiplier toutes de graine.

On les seme sur couche au commencement d’Avril, & à claire-voie, dans une terre fraîche, legere, graveleuse, non fumée & à l’exposition du soleil levant. Quand les jeunes plantes ont gagné quelques feuilles, on les transplante dans des planches de terre pareille, exposées de même au soleil levant, & à six pouces de distance. On les abrite & on les arrose de tems à autre, jusqu’à ce qu’elles ayent pris racine. Sur la fin d’Août on les transplantera de nouveau dans des plates-bandes du parterre, où elles fleuriront le printems suivant, & l’on choisira, s’il se peut, un tems humide pour cette transplantation. On garantira les jeunes plans des frimats de l’hyver, en les couvrant avec des cloches, paillassons, grande paille, ou fumier sec.

On présume que les giroflées seront doubles, & c’est ce qu’on recherche, par leur bouton gros & camard, qui pointe.

Lorsque les giroflées se trouvent doubles, plusieurs personnes les mettent en pots garnis de terre à potager, ou dans des caisses larges de seize pouces en tout sens. Pour bien faire, on leve les giroflées en


motte ; on les place ainsi dans les pots ou les caisses ; on les arrose dans le besoin, & on les tient à l’ombre.

On plante les giroflées en pots ou en caisses, afin de pouvoir les transporter ou l’on veut, & les garantir du froid pendant l’hyver, en les mettant dans une serre, dans une chambre, ou dans une cave seche. Ces mêmes giroflées sauvées du froid, se transporteront dans les plates-bandes de parterre, où on les rangera avec symmétrie, & à l’abri du soleil, s’il est possible.

Quand on veut multiplier les giroflées doubles par marcottes, on en choisit les plus beaux brins ; on les couche en terre, & on les arrête par de petits crochets de bois ; on jette un peu de terre par-dessus, & ensuite on les arrose, pour en faciliter la reprise. On marcotte la giroflée sitôt que la fleur est passée, ce qui arrive au plus tard dans l’été. Les marcottes resteront en terre jusqu’en Septembre ou Octobre, qu’on les levera pour les mettre en pots, en caisse ou en pleine terre ; car il y a des especes qui sont plus ou moins sensibles au froid : quelques-unes fleurissent la premiere année, & d’autres la seconde.

Dans le nombre de giroflées doubles, il y en a qui sont principalement recherchées des amateurs : telle est la grande giroflée de couleur d’écarlate, leucoium incanum, majus, coccineum, de Morison, nommée à Londres la giroflée de Brompton, the Brompton stockjuly flower ; les fleuristes l’aiment beaucoup à cause de sa grandeur & de son éclat : elle a cependant le desavantage de produire rarement plus d’un jet de fleurs.

En échange, la giroflée des Alpes à feuilles étroites & à doubles fleurs, d’un jaune pâle, nommée leucoium angustifolium alpinum, flore pleno, sulphureo, & par les anglois, the straw-colour’d wall-flower, est très-curieuse par le touffu de ses jets de fleurs, qui néanmoins sont étroites & d’une foible odeur.

Il semble que la grande giroflée double, jaune en-dedans, rougeâtre en-dehors, leucoium majus, flore majore, pleno, intùs lutio, extùs ferrugineo, que les Anglois nomment the double ravenal flower, l’emporte sur toutes par le contraste des deux couleurs opposées, la grandeur des fleurs & leur odeur admirable.

Presque tous les fleuristes prétendent que la plus sûre méthode pour multiplier les giroflées doubles, est de le faire par marcottes ou par boutures ; & cela est très-vrai : mais les giroflées doubles qui s’élevent de marcotte, sont toûjours moins apparentes que de graine, & ne produisent jamais ni de si belles ni de si grandes fleurs : c’est pourquoi le bon moyen est d’en semer chaque année de nouvelles, & de troquer en même tems ses graines avec celles d’un autre amateur qui cultive ailleurs de semblables giroflées. Cette découverte dûe au hasard & dont on a long-tems douté, mais qui est actuellement reconnue de tout le monde, nous prouve combien le changement d’air & de sol peut contribuer à perfectionner plusieurs especes de plantes. (D. J.)

GIROFLIER DES MOLUQUES, (Bot. exot.) Voyez Girofle.

Giroflier, ou Violier, leucoium, genre de plante à fleur cruciforme composée de quatre pétales ; le pistil sort du calice & devient un fruit ou une silique longue, applatie, divisée en deux loges par une cloison à laquelle les panneaux sont adhérens de part & d’autre : cette silique est remplie de semences plates, rondes, & bordées pour l’ordinaire. Tournefort, inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

On compte trente-quatre especes de giroflier, toutes extrèmement cultivées par les curieux, à cause de leurs fleurs que l’on nomme giroflées, & dont par cette raison il a fallu donner un article à part. Voy. Giroflée.