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marque de douleur & d’affliction, que rien n’est plus triste ni plus touchant. On met encore au rang des chefs-d’œuvre de sa gravure, sa galerie justinienne, son portrait de Justinien, & celui de Clément VIII.

Son œuvre contient une infinité de pieces curieuses. Il fut choisi pour représenter les figures antiques & les bustes du cabinet du roi de France ; son burin réussit parfaitement dans ces sortes d’ouvrages, qui étant tous d’une couleur, s’accommodent bien de l’uniformité de sa gravure, laquelle n’étant point croisée, conserve une blancheur très-convenable au marbre qu’elle représente.

Enfin ses gravures avoient plus de feu, plus de vie, & plus de liberté que le dessein même qu’il imitoit, contre ce qu’il arrive aux autres graveurs, dont les ouvrages sont toûjours moins vifs que le dessein & le tableau qu’ils copient. Cet avantage de Mellan ne peut venir que du goût qu’il prenoit à son travail, & de l’extrème facilité qu’il avoit à conduire son burin de la maniere qu’il lui plaisoit.

Mérian, (Matthieu) naquit à Bâle en 1593, & mourut à Schwalsbach en 1651. Il est célebre par son habileté dans l’art de graver à l’eau-forte, par son fils Gaspard Mérian qui se distingua dans le même genre, & par sa fille Marie Sybille Mérian, encore plus connue. Les principaux ouvrages de Matthieu Mérian pere, sont le théatre de l’Europe, la Danse des morts, cent-cinquante figures historiques de la bible, & un grand nombre de paysages.

Nanteuil, (Robert) né à Rheims en 1630, mort à Paris en 1678 : il n’a gravé que des portraits, mais avec une précision & une pureté de burin qu’on ne peut trop admirer. Son recueil est très-considérable, puisqu’il contient plus de deux cents quarante estampes.

Nanteuil après avoir peint Louis XIV. en pastel, le grava aussi grand que nature ; ce qui n’avoit point encore été tenté par personne avec succès : jusque-là il avoit été presque impossible aux plus habiles graveurs de bien représenter avec le seul blanc du papier & le seul noir de l’encre, toutes les autres couleurs que demande un portrait lorsqu’il est en grand ; car lorsqu’il est en petit, l’imagination de celui qui le regarde y supplée. Cependant dans le portrait du roi par Nanteuil, la couleur naturelle du teint, le vermeil des joues, & le rouge des levres y est marqué ; au lieu que dans les portraits de cette même grandeur faits par la plûpart des autres artistes, le teint paroît plombé, les joues livides, & les levres violettes ; ensorte qu’on croit plûtôt voir des hommes noyés que des hommes vivans : le portrait dont je parle est peut-être le plus bel ouvrage de cette espece qui ait jamais vû le jour. Nanteuil a gravé de la même maniere le portrait de la reine mere de Louis XIV. celui du duc d’Orléans, du cardinal Mazarin, du maréchal de Turenne, & de quelques autres personnes, qui lui ont acquis une réputation que le tems n’a point encore effacée.

Ce célebre artiste avoit gagné par son talent plus de cinquante mille écus, & en laissa très-peu à ses héritiers, ayant toûjours fait servir la fortune à ses plaisirs. Au reste, il est un exemple de ces hommes qui se sont engagés dans leur profession par une inclination dominante : son pere fit les mêmes efforts pour l’empêcher de devenir graveur, que les parens font ordinairement pour obliger les enfans à s’instruire dans quelque profession ; mais Nanteuil éluda les vains efforts de son pere ; il montoit en secret sur des arbres pour n’être point vu, & s’y cachoit sans cesse pour dessiner à loisir.

Le Parmesan partagea son goût entre la Gravure & la Peinture, deux arts qu’il eut porté au degré le plus éminent, si le destin qui lui donna tant de rap-


port avec Raphaël par la fécondité du génie, toûjours tourné du côté de l’agrément & de la gentillesse, n’eût terminé ses jours par une mort également prématurée.

Pens, (Georges) natif de Nuremberg, florissoit au commencement du seizieme siecle ; ses gravures en taille-douce sont estimées : il y marquoit son nom par ces deux lettres ainsi disposées, P. G.

Pérelle ; nous avons deux artistes françois de ce nom, qui se sont illustrés dans la gravure du paysage.

Perrier, (François) né à Mâcon en 1590, mort à Paris en 1650, s’est distingué par ses gravures à l’eau-forte ; on estime sur-tout celles qui représentent les antiques, les bas-reliefs de Rome, & dans le moderne, plusieurs choses d’après Raphaël : il grava aussi quelques antiques dans la maniere du clair-obscur, que le Parmesan avoit le premier mis en usage.

Picard, (Bernard) né à Paris en 1673, mort à Amsterdam en 1733, étoit fils d’Etienne Picard, surnommé le Romain, homme de réputation dans la gravure. Bernard s’attacha sur-tout à mettre beaucoup de propreté & de netteté dans ses ouvrages pour plaire à la nation chez laquelle il s’étoit retiré, & qui aime passionnément le fini, & le travail où brille la patience : il ne fut guere occupé en Hollande que par les libraires, mais il avoit soin de garder une quantité d’épreuves de toutes les planches qu’il gravoit ; & les curieux qui vouloient faire des collections, les achetoient à tout prix : ses desseins étoient aussi fort chers. On connoît ses planches des métamorphoses d’Ovide.

Quand ce maître s’est écarté de sa maniere léchée, il a exécuté des choses très-piquantes, & ses compositions en grand nombre font honneur à son génie ; les pensées en sont belles & pleines de noblesse, mais quelquefois trop recherchées & trop allégoriques.

Il a rait un nombre d’estampes qu’il nomma les impostures innocentes, parce qu’il avoit tâché d’imiter les différens goûts pittoresques de certains maîtres savans qui n’ont gravé qu’à l’eau-forte, tels que le Guide, le Rembrand, Carle-Maratte, & autres ; il réussit & eut le plaisir de voir ses estampes achetées par ceux-là même qui se donnoient pour connoisseurs du goût & de la maniere des peintres. Bernard a publié le catalogue de son œuvre.

Pippo, (dit Philippe de Santa-Croce) s’est autant distingué par le beau fini & l’extrème délicatesse qu’il mettoit dans ses ouvrages, que par le choix singulier de la matiere qu’il employoit pour son travail. Ce graveur s’amusoit à tailler sur des noyaux de prunes & de cerises, de petits bas-reliefs composés de plusieurs figures, mais si fines qu’elles devenoient imperceptibles à la vûe : ces figures sont néanmoins dans toutes leurs proportions.

Poilly, (François) né à Abbeville en 1622, mort à Paris en 1693, a mis au jour une œuvre très-considérable, quoiqu’il donnât beaucoup de tems & de soin à finir ses planches. La précision, la netteté, & le moëlleux de son burin, font rechercher ses ouvrages, dans lesquels il a sû conserver la noblesse, les graces, & l’esprit des grands-maîtres qu’il a copiés. Nicolas Poilly, son frere, mort en 1696 âgé de soixante-dix ans, s’est distingué dans la gravure du portrait ; l’un & l’autre ont laissé des enfans qui se sont appliqués à leur profession.

Le Rembran fit passer la chaleur de sa peinture jusque dans la maniere de graver dont il est l’inventeur. Quelle touche, quelle harmonie, quels effets surprenans ! sont-ce des estampes ou des desseins ? la belle & l’extrème facilité qui y regnent pourroient induire en erreur, si la fermeté du travail dans certains endroits ne le déceloit : en marchant par des