Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 7.djvu/923

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la rainure où se place le verre, & qui le retient. Il consiste en une plaque ronde, d’un diametre un peu plus petit que le verre & la châsse. Cette plaque est tranchante & dentelée. Il y a une platine appliquée à cette plaque, & qui la déborde : l’un & l’autre sont montés sur un petit arbre qui les traverse, qui a ses poupées comme les arbres des tours à tourner en l’air, & qui porte au milieu une boîte ronde, comme il y en a aux forets. On monte la corde de l’arçon sur cette boite ; on fait tourner l’arbre & la plaque tranchante ; l’ouvrier place sa châsse contre la platine qui le dirige ; il fait mordre la plaque tranchante dans l’épaisseur de la châsse, & la rainure se fait. Il faut observer que la platine peut être montée avec la plaque tranchante sur un même arbre, pourvû que ces deux parties laissent entre elles l’intervalle convenable, ou qu’elles peuvent être séparées, ensorte que la plaque tranchante soit seule fixée sur l’arbre, & qu’on en puisse approcher parallelement, & fixer solidement & à la distance convenable, la platine qui sert de directrice à l’ouvrier, & sans laquelle il ne seroit pas sûr de pratiquer sa rainure dans un plan bien vertical.

GRAVOIS, s. m. pl. (Architect.) se dit des décombres des bâtimens, des pieces d’eaux & bassins lors qu’ils sont achevés ; ou bien de ce qui reste des allées quand elles viennent d’être dressées & épierrées.

GRAVURE, s. f. (Beaux Arts.) On a déjà dit au mot Estampe quelque partie des choses qui ont rapport à l’art de graver ; mais cet art n’a été regardé alors que du côté de ses productions. Nous devons entrer ici dans le détail des opérations nécessaires pour produire par les moyens qui lui sont propres, les ouvrages auxquels il est destiné.

Les mots gravure & graver viennent ou du grec γράφω, qui signifie j’écris, ou du latin cavare, creuser.

Il est moins nécessaire de s’arrêter à fixer son étymologie, que d’expliquer précisément l’action de graver Cette action consiste à creuser, & toutes les differentes matieres dans lesquelles on peut creuser les formes des objets qu’on a dessein de graver sont comprises dans les idées générales de l’art de la Gravure. La différence des matieres & celle des outils & des procédés qu’on employe, distinguent les especes de Gravure : ainsi l’on dit, graver en cuivre, en bois, en or, en argent, en fer, en pierres fines.

Je commencerai par l’art de graver en cuivre, non pas comme le plus ancien, mais comme celui qui est d’un plus grand usage, & sans doute d’un usage plus utile aux hommes pour multiplier leurs connoissances.

Dans les détails des opérations de cet art, j’emprunterai les préceptes & les descriptions qui sont contenus dans un ouvrage d’Abraham Bosse, graveur du roi, qui a été considérablement enrichi par les lumieres de M. Cochin le fils, savant artiste de nos jours, qui dans une derniere édition de cet ouvrage l’a augmenté de différens traités que les progrès de l’art lui ont fournis, & de réflexions justes qu’il doit à son talent & à ses succès.

Le cuivre dont on se sert pour la Gravure dont je parle, est le cuivre rouge. Le choix que l’on fait de cette espece de cuivre, est fondé sur ce que le cuivre jaune est communément aigre, que sa substance n’est pas égale, qu’il s’y trouve des pailles, & que ces défauts sont des obstacles qui s’opposent à la beauté des ouvrages auxquels on le destineroit. Le cuivre rouge même n’est pas totalement à l’abri de ces défauts ; il en est dont la substance est aigre, & les traits qu’on y grave se ressentent de cette qualité ; ils sont maigres & rudes : il s’en trouve de mou dont la substance approche (quant à cette qualité) de celle du plomb. Les ouvrages que l’on y grave n’ont pas la netteté qu’on voudroit leur donner :


l’eau-forte ne l’entame qu’avec peine ; elle ne creuse pas, & trompe l’attente du graveur. Quelquefois on rencontre dans une même planche de cuivre ces qualités opposées ; enfin on y trouve de petits trous imperceptibles, ou des taches desagréables.

Le cuivre rouge qui a les qualités les plus propres à la Gravure, doit donc être plein, ferme, liant ; & la façon de connoître s’il est exempt des défauts contraires que j’ai énoncés, c’est d’y former quelques traits avec le burin en différens sens : alors, s’il est aigre, le bruit que fera le burin en le coupant, & le sentiment de la main, vous l’indiqueront ; s’il est mou, ce même sentiment qui vous rappellera l’idée du plomb, vous le découvrira aussi.

Lorsqu’on a fait choix d’un cuivre propre à graver, on doit mettre ses soins à ce qu’il reçoive la préparation qui lui est nécessaire pour l’usage auquel on le destine. Les Chauderoniers l’applanissent, le coupent, le polissent ; mais il est à-propos que les Graveurs connoissent eux-mêmes ces préparations, parce qu’il pourroit se trouver que voulant faire usage de leur art dans un pays où il seroit inconnu, ils ne trouveroient pas les ouvriers en cuivre instruits des moyens qu’il faut employer.

Une planche de cuivre de la grandeur d’environ un pié sur neuf pouces, doit avoir à-peu-près une ligne d’épaisseur ; & cette proportion peut régler pour d’autres dimensions. La planche doit être bien forgée & bien applanie à froid : c’est par ce moyen que le cuivre devient plus serré & moins poreux.

Il s’agit, après ce premier soin, de la polir. On choisit celui des deux côtés de la planche qui paroit être plus uni & moins rempli de gersures & de pailles ; on attache la planche par le côté contraire sur un ais, de maniere qu’elle y soit retenue par quelques pointes ou clous ; alors on commence à frotter le côté apparent avec un morceau de grès, en arrosant la planche avec de l’eau commune : on la polit ainsi le plus également qu’il est possible, en passant le grès fortement dans tous les sens, & en continuant de mouiller le cuivre & le grès, jusqu’à ce que cette premiere opération ait fait disparoître les marques des coups de marteau qu’on a imprimés sur la planche en la forgeant.

Lorsque ces marques ont disparu, ainsi que les pailles, les gersures, & les autres inégalités qui pourroient s’y rencontrer ; on substitue au grès la pierre-ponce bien choisie ; on s’en sert en frottant le cuivre comme on a dejà fait en tous sens, & en l’arrosant d’eau commune : l’on efface ainsi les raies que le grain trop inégal du grès a laissées sur la planche ; après quoi l’on se sert pour donner un poli plus fin, d’une pierre-ponce à aiguiser, qui pour l’ordinaire est de couleur d’ardoise, quoiqu’il s’en trouve quelquefois de couleur d’olive & de rouge. Enfin le charbon & le brunissoir achevent de faire disparoître de dessus la planche les plus petites inégalités.

Voici comme il faut s’y prendre pour préparer le charbon qu’on doit employer. Vous choisirez des charbons de bois de saule qui soient assez gros & pleins, qui n’ayent point de fente ni de gersure, & tels que ceux dont communément les Orfevres se servent pour souder. Vous ratisserez l’écorce de ces charbons, vous les rangerez ensemble dans le feu, vous les couvrirez ensuite d’autres charbons allumés & de quantité de cendre rouge ; desorte qu’ils puissent demeurer sans communication avec l’air, pendant environ une heure & demie, & que le feu les ayant entierement pénétrés, il n’y reste aucune vapeur. Lorsque vous jugerez qu’ils seront en cet état, vous les plongerez dans l’eau & les laisserez refroidir.

Vous frotterez la planche qui a déjà été unie par le grès, la pierre-ponce, la pierre à aiguiser, avec un