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forte ; vous la ferez mordre autant que vous croirez qu’il est nécessaire pour les plans qui suivent ceux que vous avez couverts ; ensuite vous retirerez encore votre planche, vous couvrirez une seconde fois ce que vous voulez soustraire à l’effet de l’eau-forte : enfin vous réitérerez cette opération autant de fois que vous le voudrez & que vous croirez qu’il le faut pour parvenir à un juste effet de dégradation dans les plans & dans les objets.

J’observerai qu’il seroit injuste d’exiger qu’on donnât des évaluations précises du tems qu’on doit employer l’eau-forte chaque fois ; les calculs & les observations les plus exactes n’ont pû me satisfaire ; l’effet de l’eau-forte dépend de trop de causes accidentelles, pour qu’on puisse le soûmettre à des regles invariables.

1°. L’eau-forte est plus ou moins agissante, suivant le degré de cuisson qu’on lui a donné, & suivant la qualité & le choix particulier des ingrédiens dont elle est composée.

2°. Le cuivre par sa nature peut être plus ou moins docile à l’effet de l’eau forte. Le cuivre mou dont j’ai parlé dans le commencement de cet article, résiste à l’action de l’eau-forte ; le cuivre aigre se dissout trop tôt, & toutes ces différences sont susceptibles de degrés & de nuances infinies.

3°. L’effet de l’air influe sensiblement sur l’effet de l’eau-forte, le froid retarde son action, le chaud l’accélere, l’humidité y cause des différences sensibles.

4°. La maniere de se servir des outils avec lesquels on grave, & la différence des pointes ou émoussées ou coupantes, facilitent à l’eau-forte l’entrée du cuivre, ou lui laissent la peine de l’entamer.

Il faut donc que l’usage accompagné des observations particulieres de l’artiste, lui donnent les lumieres dont il a besoin pour se guider : il est fort difficile d’arriver à faire mordre une planche à un effet juste ; & c’est pour cela que la plus grande partie des graveurs se contentent d’obtenir de l’eau-forte un ton général, gris, propre, & égal, en réservant de donner à leur ouvrage avec le secours du burin un accord & un effet dont ils sont les maîtres par ce moyen : mais cette pratique que le méchanisme de la gravure favorise, est sujet à des réflexions que j’ai déjà indiquées. Poursuivons ce qui regarde l’opération que je viens de décrire.

Lorsqu’après avoir exposé autant de tems qu’il le faut la planche à l’action de l’eau-forte, ce qui va quelquefois à l’espace d’une heure, d’une heure & demie & plus, vous la trouvez parvenue au point que vous souhaitez ; vous la lavez une derniere fois dans une quantité d’eau fraîche, ensuite la chauffant raisonnablement, vous enlevez avec un linge tout le vernis dont vous avez fait usage avec le pinceau, pour couvrir les différens plans : vous ôtez par le même moyen la mixtion de suif & d’huile dont le derriere de la planche est couvert ; après quoi il reste à enlever le vernis dur : vous y parviendrez en vous servant du charbon de saule que vous passerez dessus la planche, en frottant fortement & en mouillant d’eau commune ou d’huile & la planche & le charbon. Il est inutile d’observer qu’à mesure que vous voyez le cuivre se découvrir, il faut ménager le frottement, pour que le charbon n’altere point les finesses de la gravure. Lorsque vous aurez enfin enlevé tout ce qui reste de vernis dur à la planche, vous la livrerez à l’imprimeur pour en tirer des épreuves : on donnera au mot Impression, tout le détail de cette opération, avec la figure de la presse & sa description.

Revenons à la maniere de faire mordre les planches vernies au vernis mou, lorsqu’on employe pour cela l’eau-forte qu’on nomme eau de départ.

Cette eau-forte se fait avec le vitriol, le salpetre, & quelquefois l’alun de roche, distillés ensemble ;


c’est celle dont les affineurs se servent pour séparer l’or d’avec l’argent & le cuivre ; elle se trouve plus aisément que l’autre. D’ailleurs la composition en doit être détaillée ailleurs ; ainsi je ne la donnerai point.

Je remarquerai ici, pour ne point l’oublier, qu’on peut se servir pour faire mordre les planches gravées au vernis mou, de l’eau-forte dont j’ai donné la composition, & qui est faite avec le vinaigre, le sel ammoniac, & le verdet ; elle ménage davantage le vernis, & on la gouverne plus aisément : mais l’eau-forte de départ ne peut servir pour les planches vernies au vernis dur ; elle fait éclater ce vernis, & détruit ainsi en un moment l’ouvrage de plusieurs jours & quelquefois de plusieurs mois.

Venons au vernis mou & à l’eau-forte de départ.

Il faut prendre de la cire molle, rouge ou verte, qui devienne flexible en l’échauffant un peu, comme celle dont se servent les Sculpteurs pour modeler. Vous en formerez en le paîtrissant & l’étendant un rebord autour de votre planche. Ce rebord n’a pas besoin d’être plus haut que cinq ou six lignes au plus ; mais il faut qu’il soit tellement appliqué à la planche de cuivre, qu’elle puisse par son moyen, contenir l’eau dont on doit la couvrir à la hauteur de deux ou trois lignes. La planche ainsi préparée, vous la placerez horisontalement sur une table qui soit de niveau, comme on le voit à la fig. 5. de la I. Planche de la gravure en taille douce. Alors vous prendrez l’eau-forte dont j’ai parlé, vous y mêlerez moitié d’eau-commune, & vous la verserez sur la planche ; vous observerez son effet qui se rend sensible par le bouillonnement qui est excité par-tout où elle creuse le cuivre : le reste de l’opération se rapporte à celle que j’ai décrite pour l’eau-forte à couler, c’est-à-dire, que lorsque vous jugez que les lointains & les traits qui doivent être foibles, sont assez mordus, vous versez l’eau-forte, vous lavez bien la planche avec de l’eau commune, vous la laissez secher, vous couvrez ce que vous jugez qui doit être couvert avec le vernis de peintre & le noir de fumée, après quoi vous y remettez l’eau-forte, &c.

Voilà les manieres connues de graver à l’eau-forte ; c’est aux artistes à les éprouver toutes, & sur-tout à ne jamais opérer sans faire des observations : c’est ainsi qu’ils pourront découvrir des pratiques ou plus commodes, ou plus sûres, ou plus convenables à leur génie & à leur goût. Il y a, je crois, une infinité de recherches à faire sur cette partie, dont j’espere donner un jour les détails, lorsque je m’en serai assûré par des expériences réitérées. Je me contente aujourd’hui d’offrir aux artistes la machine dont j’ai donné le détail, comme un moyen sûr d’éviter les inconvéniens que l’eau-forte a pour ceux qui s’en approchent. La conservation des hommes doit toûjours être l’objet principal de ceux qui dans les arts cherchent à étendre leurs découvertes.

Je vais maintenant emprunter de l’ouvrage que j’ai cité au commencement de cet article, la plus grande partie de ce qui regarde la gravure au burin.

De la gravure au burin. Le Dessein est toûjours la base sur laquelle on doit appuyer toutes les opérations de la Gravure ; on ne peut donc trop recommander aux Graveurs, soit à l’eau-forte soit au burin, de s’exercer continuellement à dessiner ; ils doivent sur-tout s’appliquer à dessiner long-tems des têtes, des piés, & des mains d’après nature, & peut-être aussi souvent d’après les desseins des artistes qui ont bien dessiné ces extrémités. Augustin Carrache & Villamene sont des exemples à suivre pour cette partie du Dessein, dans laquelle ils ont parfaitement réussi. Un graveur qui aura les ouvrages de ces artistes sous les yeux, & qui fera de continuelles études, se trouvera en état de corriger les desseins peu