Page:Dionne - Le Parler populaire des Canadiens français, 1909.djvu/13

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n’est rien de plus qu’une couenne. Claquer forme image pour rendre bien des idées diverses : courir, travailler vite, tromper, frapper ; en quantité, c’est à pleine clôture. Telle est la force de l’analogie et des images ; ce fut ici un puissant facteur.

Un autre mode de matérialisation très curieux consiste à employer des prépositions ou des conjonctions exprimant le lieu, pour remplacer des verbes de sens immatériel et provenant de la couche savante. En français on dit prévaloir, le patois canadien dira avoir le dessus ; il remplace excepté par la locution à part de ; celle-ci, en effet, tombe sous la vue. La proposition : l’enfant est à terre, devient l’enfant est à bas. Dans cet emploi, la préposition après est d’un grand usage ; au lieu de il me poursuit toujours, on dira : il est toujours après moi ; au lieu de escaladons le mur, montons après le mur. On dira encore : il est après travailler, il est après manger. L’adverbe arrière remplace le substantif retard, en vertu du même instinct : il a de l’arrière, au lieu de il a du retard. Parfois la particule n’est pas matérialisée, mais on la décompose en la rapprochant de sa signification primitive, on la retrempe, pour ainsi dire. Parce que signifiait bien par le motif que ; mais on en avait perdu l’analyse, en prononçant cette conjonction d’un trait ; le patois la redivise, inconsciemment sans doute, mais énergiquement, en disant à cause que, de même ; afin devient à seule fin, de même encore puisque devient d’abord que, d’abord que tu le veux. La préposition chez possède dans notre langue une certaine élégance, elle est moins naturelle, et le peuple dira aller au médecin, comme il dit à soir nous irons. La préposition de marque dans la langue une relation savante, celle du génitif, le patois la remplace par à, lequel a mieux conservé l’emploi local, il dira : le chapeau à Pierre.

Le besoin d’images a fait emprunter certains mots tech-