Page:Dodge Stahl - Les Patins d argent.djvu/13

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en frère bourru qu’il était, s’il n’eût aperçu une larme coulant sur les joues de la petite fille.

« Je vais l’arranger, Gretel, n’ayez pas peur, dit-il avec une tendresse soudaine. Mais dépêchons-nous ; la mère aura besoin de nous bientôt. »

Il jeta autour de lui un regard investigateur, inspecta d’abord le sol, puis les branches dénudées d’un saule qui se balançaient au-dessus de sa tête, et de là porta les yeux sur le ciel déjà resplendissant et coupé à cette heure de larges bandes bleues, pourpres et or. Mais n’ayant trouvé dans ces hautes régions rien qui répondît à ce qui l’occupait, pour le moment, il reporta ses regards sur les pieds de sa sœur. Cette vue lui inspira sans doute une bonne idée ; ses yeux brillèrent tout à coup et il prit l’air de quelqu’un qui sait fort bien ce qu’il a à faire. Ayant vivement ôté son bonnet, il en arracha la doublure, en fit un petit coussinet et l’arrangea soigneusement et même adroitement sur le dessus du soulier et sur le côté, à l’endroit où pouvait souffrir Gretel.

« À présent ! s’écria-t-il triomphant et nouant les cordons aussi vivement que le lui permettaient ses doigts engourdis par le froid, pouvez-vous endurer que je tire ? »

Gretel serra les lèvres comme pour dire : « Allez-y ! je l’endurerai ! » mais ne fit pas d’autre réponse.

Un instant après, le frère et la sœur, tout souriants, volaient en se tenant par la main sur le canal. Ils ne s’inquiétaient pas de savoir si la glace portait, car, en Hollande, la glace est un hôte de tout l’hiver. Elle s’installe sur l’eau d’une manière décidée, grâce à la rigueur des nuits. Il semble que loin de devenir plus mince et moins sûre lorsque le soleil luit dessus, elle prenne de jour en jour plus de force et semble défier les rayons les plus chauds.

On entendit bientôt une sorte de grincement sous les