Page:Dollier de Casson - Histoire du Montréal, 1640-1672, 1871.djvu/19

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son calice, surtout quand il est question de quelque illustre entre prise pour le ciel, il ne faut pas s’étonner s’il commença de faire avaler quelque portion d’absinthe à ses héroïques entrepreneurs ; pour lors, ils ne lurent pas longtemps ensemble, d’autant qu’il fallut que M. de Maisson-Neufve alla saluer M. de Montmaguy,gouverneur de ce pays, ensuite de quoi il alla voir les Révérends pères Jésuites et les autres personnes de mérite, lesquelles ne pouvaient pas être lors en grand nombre, vu que le pays ne contenait pas plus de cent Européens y renfermant les deux sexes, comme aussi les religieux et religieuses. Or sur le sujet de cette visite, je crois qu’il est à propos de remarquer que ces personnes moins bien intentionées sur le sujet que nous venons de parler, persuadèrent à M. de Montmaguy qu’il s’opposa à rétablissement du Montréal à cause de la guerre des Iroquois, lui disant que jamais cet ouvrage ne se pouvait soutenir contre leurs incursions, ajoutant que le dessein de cette nouvelle compagnie était si absurde, qu’il ne pouvait pas mieux se nommer que la Folle entreprise, nom qui leur fut donné avec plusieurs autres semblables, afin que la postérité put reconnaître que cette pieuse folie était devant Dieu et entre les mains du Tout Puissant accompagné d’une sagesse plus sublime que tout ce qui peut provenir de l’esprit humain. M. de Montmaguy avant donc l’esprit prévenu de la sorte, dit à Monsieur de Maison-Neufve dans sa première visite : “Vous savez que la guerre a recommence avec les Iroquois ; ils nous l'ont déclaré au lac St. Pierre le mois dernier, qu’ils y ont rompu la paix d’une façon qui les fait voir plus animés que jamais, il n’y a pas d’apparence que vous songiez à vous mettre dans un lieu si éloigné, il faut changer de délibération, si vous voulez on vous donnera l’Isle d’Orléans, au reste la saison est trop avancée pour monter jusqu’à l’Isle du Montréal quand vous en auriez la pensée.” A ces paroles M. de Maison-Neufve répondit en homme de cœur et de métier : “ Monsieur, ce que vous me dites serait bon si on m’avait envoyé pour délibérer et choisir un poste ; mais ayant été déterminé par la compagnie qui m’envoie que j’irais au Montréal, il est de mon honneur, et vous trouverez bon que j’y monte pour commencer une colonie, quand tous les arbres de cet Isle se devraient changer en autant d’Iroquois ; quand à la saison puisqu’elle est trop tardive, vous agréez que je me contente avant l’hiver d’aller reconnaître le poste avec les pins lestes de mes gens, afin de voir où je me pourrai camper avec tout mon monde le printemps prochain. ” M. de Montmagny fut tellement gagné par ce discours autant généreux que prudent, qu’au lieu de s’opposer comme ou souhaitait à l’exécution de son dessein, il voulut lui-même conduire M. de Maison-Neufve