Page:Dollier de Casson - Histoire du Montréal, 1640-1672, 1871.djvu/91

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sèrent leurs armes dispersées imprudemment en plusieurs endroits, tandis que Mr. Lemaitre auquel ils avaient dit qu’assurément il y avait des ennemis proches à cause de quelque chose qu’ils avaient remarqué, regardait de parts et d’autres dans les buissons afin de voir s’il n’y en avait pas quelques uns, or recherchant de la sorte, il s’avança sans y penser jusque dans une embuscade d’Iroquois, alors ces misérables, se voyant découverts, ils se levèrent tout d’un coup, firent leurs huées et voulurent courir sur nos gens, ce que ce bon père voyant, au lien de prendre la fuite, il résolut à l’instant de les empêcher de joindre s’il pouvait nos Français avant qu’ils eussent le loisir de prendre leurs armes qui étaient de côté et d’autre, pour cela, il prit un coutelas avec lequel il se jeta entre nos gens et ces barbares et s’en couvrant comme d’un espadron, il cria à nos Français qu’ils prissent bon courage et se missent en état de garantir leur vie ; les Iroquois voyant ce prêtre leur boucher ce passage et leur faire obstacle au cruel dessein qu’ils avaient, de dépit, ils le tuèrent à coups de fusil, non pas qu’ils eussent aucune crainte d’en être blessé, parce qu’il ne se mettait pas en devoir d’en blesser aucun, mais parce qu’ils ne pouvaient pas l’approcher pour le prendre vivant et qu’il donnait du courage à nos Français pour se mettre en état de se défendre et de là se retirer en bon ordre vers la maison de St. Gabriel. Il est vrai qu’après l’avoir mis à mort ils eu eurent un sensible regret et que leur capitaine qui fut celui qui lit le coup en fut fort blâmé des siens, lesquels lui disaient qu’il avait fait un beau coup, qu’il avait tué celui qui les nourrissait lorsqu’ils venaient au Montréal ; ce qu’ils disaient avec raison parceque Mr. Lemaitre était économe de cette communauté et avait une singulière inclination de travailler au salut de ces aveugles dont il tâchait d’apprendre la langue ; c’est pourquoi il avait des entrailles de père pour eux et ne leur épargnait rien, mais enfin voilà comme ils le payèrent, salaire qui fut bien avantageux à son âme puisqu’il lui donna l’entière liberté. Ce bon prêtre étant mort, nos Français ayant eu le loisir de se mettre en état, se retirèrent en bon ordre, hormis un qui y perdit la vie de ce monde pour en avoir une meilleure en l’autre comme sa grande vertu l’a donné à présumer. On dit une chose bien extraordinaire de Mr. Lemaitre qui est que le sauvage qui a coupé sa tète l’ayant enveloppée dans son mouchoir, ce linge reçut tellement bien l’impression de son visage que l’image en était parfaitement gravée dessus et que voyant le mouchoir, on reconnaissait Mr. Lemaitre ; Lavigne, ancien habitant de ce lieu, homme des plus résolus, comme cette relation l’a remarqué et qui ne paraît pas chimérique, m’a dit avoir vu le