Page:Donnay - Autour du Chat Noir, 1926.djvu/106

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J’ai dormi, — mal d’ailleurs, — sur un lit de roseaux :
La fraîcheur de la nuit a glacé mes vieux os,
Et j’entendais au loin la mer bercer mon rêve
Au rythme lent des flots dolents battant la grève.
… Brrr ! Il fait ce matin quelque fâcheux brouillard
Et je vais m’enrhumer ! (Il éternue)
Et je vais m’enrhumer ! Mauvais pour un vieillard !…
   Aurore, chasse du ciel la dernière étoile.
Que je sèche au soleil ma tunique de toile
Humide de rosée ! — Ah ! Sacré nom de Zeus,
Les temps sont bien changés ! Jadis, j’étais de ceux
Qui dorment sur des peaux de tigres d’Hyrcanie
Dans les riches maisons ; l’abondance bénie
Emplissait mes greniers, et, sur tous les chemins,
Je jetais sans compter l’argent à pleines mains.
J’avais des vins de choix et des beautés de marque,
Des esclaves, des chars ; au Pirée une barque
De plaisance : l’Éros. Les cèdres du Liban
Avaient fourni la coque et les mâts ; sur le banc
Des rameurs, recouvert de pourpre, des rameuses,
Les plus belles parmi les pallaques fameuses,
Calmes, ramaient avec des cadences de vers
Et faisaient lentement glisser la barque vers
Des Cythères ou des Lesbos aux lauriers-roses.
— Je suis pauvre à présent, car les métamorphoses
Ne sont pas l’exclusif apanage des dieux
Dans la profondeur des Olympes radieux,
Et moi, Michès, jadis triomphant et superbe.