Page:Dostoïevski - Humiliés et offensés.djvu/210

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te voir, faire ta connaissance, ne refuse pas, je t’en prie, cher ami, et tâche d’arriver à la comtesse. Tu feras la connaissance de Katia, tu l’observeras ; je veux avoir ton opinion sur eux, toi seul peux me comprendre. Tu verras jusqu’à quel point ils sont amis, ce qui se passe entre eux… Cher ami, donne-moi cette nouvelle preuve de ton amitié ! Tu es mon seul, mon dernier espoir…

……………………………………………………….....

Il était minuit passé lorsque j’arrivai chez moi. Nelly vint m’ouvrir à demi éveillée ; elle sourit et me regarda d’un air content. La pauvre petite s’en voulait d’avoir succombé au sommeil : elle avait voulu m’attendre ; mais un instant avant mon retour, la fatigue avait été plus forte qu’elle. Elle me dit qu’un étranger était venu me demander, qu’il était resté avec elle et qu’il avait laissé un billet sur ma table. C’était Masloboïew. Il me priait de passer chez lui le lendemain, à une heure. J’avais bien envie d’interroger Nelly, mais je remis mes questions au lendemain et j’insistai pour qu’elle allât se coucher : la pauvre enfant tombait de sommeil.


V

Le lendemain matin, Nelly me raconta des choses singulières à propos de la visite de la veille. Du reste, il était déjà surprenant que Masloboïew eût eu l’idée de venir me voir ce soir-là, car je lui avais dit que je ne serais pas à la maison.

Nelly n’avait d’abord pas voulu ouvrir ; il était déjà huit heures du soir, elle avait peur. Masloboïew l’en avait priée à travers la porte, assurant que s’il ne me laissait pas un billet, il y aurait quelque chose de très-mauvais pour moi le lendemain. Une fois entré, il avait écrit son billet et s’était assis à côté d’elle sur le canapé.

— Je me suis levée, dit Nelly ; je ne voulais pas lui