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IV


LA QUESTION JUIVE


Oh ! n’allez pas croire que je veux traiter la question juive dans son entier. Je prends ce titre parce qu’il est commode. Soulever une question pareille, alors que la Russie renferme trois million de sujets juifs, — vous n’y pensez pas ! Je ne suis pas de force ! Mais je puis, n’est-ce pas, avoir mon opinion à ce sujet et il paraît que certains juifs commencent à s’intéresser à ma manière de voir.

Je reçois depuis quelque temps de nombreuses lettres où l’on me reproche de « haïr le juif » de « tomber sur le juif », de l’exécrer non comme être vicieux, non comme exploiteur, mais bien comme homme de race juive », parce que « Judas a vendu le Christ »

Notez que ce sont des israélites civilisés qui m’écrivent ces choses, de ceux qui, au nom de leur civilisation, se vantent d’avoir rompu avec tous les préjugés de leur race, de ne plus accomplir leurs cérémonies religieuses et même de ne plus croire en Dieu. Je dirai ici, entre parenthèse, qu’ils devraient avoir honte, ces Messieurs les « Hauts Juifs » qui défendent leur nation et renient leur Jéhovah de quarante siècles. Pour moi un juif sans Dieu est un être inimaginable. Mais ceci est un thème bien vaste et je le laisse de côté pour l’instant. Ce qui m’intrigue, c’est de ne savoir ni comment ni pourquoi j’ai pu en venir à être compté au nombre des ennemis qui attaquent les Juifs en tant que nation. Messieurs les Hauts Juifs semblent me permettre implicitement d’aborder le juif comme exploiteur ou comme vicieux, mais ce n’est que de la rhétorique, car il est clair qu’il n’y a personne de susceptible et d’irritable comme un juif instruit. Mais où ont-ils été chercher que je haïssais leur