Page:Dostoievski - Niétotchka Nezvanova.djvu/149

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son mouvement, je rougis et montai rapidement. Il murmura quelque chose derrière moi et continua son chemin.

J’étais prête à pleurer de dépit et ne pouvais comprendre ce qui se passait. Toute la matinée je fus toute désorientée, ne sachant à quoi me résoudre pour en finir avec tout cela. Mille fois je me donnai la parole d’être plus sage et mille fois la crainte s’emparait de moi. Je sentais que je haïssais le mari d’Alexandra Mikhaïlovna et, en même temps, j’étais inquiète à mon sujet.

Cette fois, je devenais sérieusement malade et ne pouvais me ressaisir. J’en voulais à tout le monde. Je restai chez moi toute la matinée et n’allai même pas chez Alexandra Mikhaïlovna. Ce fut elle qui vint me trouver. Quand elle me vit, elle faillit pousser un cri. J’étais si pâle que, me regardant dans le miroir, je me fis peur. Alexandra Mikhaïlovna resta avec moi une heure entière, me soignant comme un enfant.

Mais j’étais si triste de ses attentions, ses caresses m’étaient si pénibles, je souffrais tant en la regardant, que je la priai enfin de me laisser seule. Elle s’en alla très inquiète pour moi. Enfin mon angoisse se résolut dans une crise de larmes. Vers le soir, je me sentis mieux. Je me sentais mieux parce que j’étais décidée d’aller chez Alexandra Mikhaïlovna, de me jeter à ses genoux, de lui rendre la lettre qu’elle avait perdue, de lui avouer tout, d’avouer toutes les souffrances que j’avais endurées, tous mes doutes, et de l’embrasser de tout mon amour infini pour elle, de lui dire que j’étais son enfant, son amie, que mon cœur lui était ouvert, qu’elle n’avait qu’à regarder pour voir toute l’affection ardente, inébranlable, qu’il contenait pour elle. Mon Dieu ! je savais, je sentais que j’étais la dernière personne à qui elle pût ouvrir son âme ; mais d’autant plus sûr me paraissait le salut, je comprenais, bien que vaguement, son angoisse et mon cœur était plein d’indignation à l’idée qu’elle pouvait rougir devant moi, devant mon jugement… Voilà ce que je voulais lui dire en pleurant à ses pieds. Le sentiment de la justice s’était révolté en moi. Je ne sais pas ce que j’aurais fait ; je ne me suis ressaisie qu’après, quand un hasard nous eut sauvées, elle et moi, de notre perte, en m’arrêtant dès le premier pas.

Voici ce qui arriva. J’étais déjà près de sa chambre, quand, d’une porte latérale, sortit Piotr Alexandrovitch. Il ne