Page:Dostoievski - Niétotchka Nezvanova.djvu/167

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même, vous ne serez plus dans cette maison, termina-t-il en s’adressant à moi.

— Attendez ! dit Alexandra Mikhaïlovna en se levant de son siège. Je ne crois pas à toute cette histoire… Ne me regardez pas si terriblement et ne vous moquez point de moi… Annette, mon enfant, viens près de moi ; donne-moi la main. Nous tous sommes des pécheurs, dit-elle d’une voix tremblante et regardant humblement son mari. Et qui de nous peut refuser une main secourable ?… Donne-moi la main, Annette, ma chère enfant. Je ne suis ni plus digne, ni meilleure que toi ; tu ne peux m’offenser par ta présence, parce que moi aussi, je suis une pécheresse…

— Madame ! s’écria Piotr Alexandrovitch étonné, madame ! Retenez-vous… n’oubliez pas…

— Je n’oublie rien. Ne m’interrompez pas et laissez-moi achever. Vous avez vu entre ses mains une lettre, vous l’avez même lue. Vous dites, et elle l’avoue, que c’est une lettre de celui qu’elle aime. Mais est-ce que cela prouve qu’elle soit criminelle ? Est-ce que cela vous permet de la traiter ainsi devant votre femme ? Oui, monsieur, est-ce que vous savez comment cela s’est passé ?

— Alors il ne me reste qu’à lui demander pardon ! C’est ce que vous voulez ? s’écria Piotr Alexandrovitch. J’ai perdu patience en vous écoutant. Pensez à ce que vous dites ! Savez-vous de quoi vous parlez ? Savez-vous qui vous défendez ? Je vois tout…

— Et vous ne voyez pas le principal, parce que la colère et l’orgueil vous aveuglent. Vous ne voyez pas ce que je défends et de quoi je veux parler. Ce n’est pas le vice que je défends, mais n’avez-vous donc pas compris que peut-être cette enfant est innocente ? Oui, je ne défends pas le vice. Oui, si elle était épouse, mère, et avait oublié ses devoirs, alors je serais d’accord avec vous. Vous voyez que je ne me ménage pas. Mais si elle a reçu cette lettre sans penser à mal ? Si elle a été entraînée par un sentiment inexpérimenté et que personne n’ait été là pour la retenir ? Si c’est moi qui suis la principale coupable, parce que je n’ai pas surveillé son cœur ? Si cette lettre est la première ? Si avec vos soupçons grossiers vous avez souillé son plus cher sentiment ? Si vous avez sali son imagination par vos remarques cyniques sur cette lettre ? Si