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LA RELIGION DES CELTES

drasidæ ingeniis celsiores, ut auctoritas Pythagoræ decrevit, sodaliciis adstricti consortiis[1]

En Irlande, il n’est question ni d’un chef suprême, ni d’une hiérarchie, ni de corporations druidiques. Les druides agissent isolément ou par deux ou trois. Ils sont mariés et vivent en famille chacun dans leur maison. Dans une Vie de saint Patrice on lit qu’un jour dix druides vêtus de blanc se réunirent contre l’apôtre de l’Irlande ; rien n’indique que ces druides constituassent une association[2]. A. Bertrand rapprochant le texte d’Ammien Marcellin de l’organisation actuelle des lamaseries du Tibet a supposé que les affiliés du plus haut grade, les druides, étaient astreints à vivre en communautés, entourés de leurs disciples et des membres inférieurs de la corporation. Une pareille organisation entraînait de toute nécessité l’établissement de grands centres d’habitation. Comme les lamaseries de la Tartarie et du Tibet, ces espèces d’oasis religieuses auraient été le dépôt de vieilles traditions médicales et industrielles et un centre des lois civiles. Il y aurait eu dans ces communautés le mélange de doctrines d’un sentiment religieux et moral très élevé, source d’une vie cénobitique des plus sévères, avec des superstitions grossières, des pratiques barbares, un charlatanisme révoltant dont les chefs des lamaseries ont parfaitement conscience tout en se sentant impuissants à les détruire. Enfin de telles communautés auraient représenté en petit toute une société : prêtres, professeurs, architectes, artistes, musiciens, médecins, missionnaires[3]. Les grands monastères d’Irlande, d’Écosse et d’Angleterre qui semblent sortir de terre spontanément à une époque où la Gaule n’en possède pas encore, ne se-

  1. Histoire romaine, xv, 9, 8.
  2. H. d’Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. VI. p. 106-108, 112-113.
  3. A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 310-310.