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LA RELIGION DES CELTES

offre un sacrifice aux dieux, car ils sont les interprètes naturels des pratiques religieuses ; ils peuvent prédire l’avenir ; ils connaissent les vertus merveilleuses des plantes. D’autre part, ils se recrutent par une sorte de cooptation. Ils sont unis entre eux par des liens étroits, puisqu’ils ont un même chef élu par eux.

Le druidisme est-il dans l’antiquité une institution isolée dont l’analogue n’existe point ? Il semble bien que chez les Gètes il ait existé quelque chose de semblable. Jornandès, citant les Gétiques attribuées à Dion Cassius, nous dit que Philippe de Macédoine ayant envahi la Mésie, quelques prêtres, de ceux que les Gètes nomment pii, vêtus de robes blanches, les harpes à la main, s’avancèrent à la rencontre de l’ennemi, en chantant d’une voix suppliante pliante des hymnes en l’honneur des divinités protectrices de la nation. Et les Macédoniens troublés par l’apparition de ces hommes sans armes firent la paix et retournèrent chez eux[1]. Cette intervention des prêtres gétiques rappelle le texte de Diodore qui nous montre les bardes ou les druides apaisant deux armées en présence et se jetant au milieu des épées tirées et des lances en arrêt.

Strabon nous apprend qu’un ancien esclave de Pythagore, un Gète nommé Zamolxis, revenu chez ses compatriotes, y attira l’attention des chefs par les prédictions qu’il savait tirer des phénomènes célestes et finit par persuader un roi de l’associer à son pouvoir. Un des successeurs de Zamolxis, Dicaineos, enseigna aux Gètes l’éthique, et la logique ; il leur apprit les noms et la marche des astres, les propriétés des herbes, et par sa science leur inspira une telle admiration qu’il commandait non seulement aux hommes d’un rang modeste, mais aux rois eux-mêmes. En effet, choisissant dans les familles royales des hommes à l’âme noble et à l’esprit sage, il les per-

  1. Histoire des Goths, 10, A. Bertrand, p. 293-294.