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LA DATE.


dans la pièce les parties essentielles et les parties accessoires. Ces dernières sont les diableries et les prologues que l’on renouvelait sans doute de temps en temps à l’occasion d’une reprise. Ainsi le mystère imprimé en 1871 ne diffère guère du manuscrit 45 que par le second prologue et quelques discours de diables. Voici les renseignements que l’on peut tirer des diableries. Le discours d’Astaroth dans le manuscrit 45 n’est pas d’accord avec la pièce. Astaroth dit que Louis a tué le sergent (v. 1023) ; or il l’a seulement battu et blessé (v. 253 et suiv.) ; qu’il a tué deux marchande (v. 1024), or il a tué un marchand de toile (v. 981, 1020) ; qu’il a empoisonné l’hôte et l’hôtesse (v. 1030), or il n’y a aucun épisode de ce genre. Ce discours provient donc d’une version différente de la nôtre.

Dans le discours de Belzébuth, il est question : des pommes de terre qui composent l’unique nourriture des paysans (v. 1056). La première mention de la culture de la pomme de terre en Bretagne date de 1779 où M. Vincent Cawiesel, prêtre d’origine irlandaise, curé de Messac de 1771 à 1786, rappelait dans une lettre adressée à Parmentier(1> qu’il avait, dès 1741, cherché à développer dans son pays d’adoption la culture de la pomme de terre, très répandue alors en Irlande ;

De l’arrivée des prêtres parisiens (v. 1072) ; Des pantalons à petit-pont (v. 1095). La mode des pantalons à pont dura de 1768 à 1830 environ(i) ; Des colinettes frisées (v. 1098). La colinette est un bonnet de déshabillé ; l’auteur breton veut sans doute parler des collerettes très à la mode sous Louis XV.

Bérith parle :

Des juges de paix (v. 1142). Ce nom n’est guère connu avant la fin du XVIIIe siècle(3) et les juges de paix furent créés en 1789 ; les procureurs fiscaux, dont Bérith fait mention au même endroit, furent supprimés en même temps que les justices seigneuriales ; De l’Amérique et de l’état heureux des sauvages (v. 1125 et suiv.). Cette théorie du « bon sauvage » que l’on trouve au début du XVIIIe siècle, dès 1704, chez Gueudeville et aussi chez les missionnaires jésuites, est en partie d’origine littéraire<4> ; (1) Guillotin de Courson, Courrier de Rennes du 5 juin 188G. (2) La Grande Encyclopédie, t. XII, p. 1168, 1169. (3) On le trouve, par exemple, en 1789 dans le cahier du Theil (Ille-etVilaine), Art. 24, Sée et Lesort, Les cahiers de doléances de la sénéchaussée de Rennes pour les Etats généraux de 1789, t. I, p. 468. Je dois cette indication à mon collègue M. Henri Sée. (4) A. Lichtenberger, Le socialisme au XVIIIe siècle, Paris, 1895, p. 53-63. Cf. Voltaire, Le Huron ou VIngénu, Œuvres, éd. Garnier, t. XXI ; la première édition de ce conte est de 1767.