Page:Doyle - La Main brune.djvu/15

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Autour de nous, ce n’était que désert aride (p.17.)

RETIRÉ DES AFFAIRES

Mon oncle Stephen Maple était celui de nos parents qui avait eu le plus de chance en affaires. Il était aussi le moins respectable ; et nous ne savions pas trop si nous devions nous féliciter ou rougir de sa fortune. Dans sa grande épicerie de Stepney, il se livrait à un trafic compliqué — et pas toujours très propre, à ce que nous avions cru comprendre, — avec les riverains du fleuve et les gens de mer. Il faisait commerce d’articles pour la marine, de comestibles, et, si la rumeur disait vrai, de bien d’autres choses. La profession, quoique lucrative, avait ses mécomptes ; on s’en aperçut quand, un jour, après vingt ans de prospérité, il fut brutalement assailli par un de ses clients, et laissé pour mort avec trois côtes cassées et une jambe brisée, laquelle, mal raccommodée, resta plus courte que l’autre de trois pouces. Cet incident avait dû, assez naturellement, le dégoûter de son milieu ; car, après le procès et la condamnation de son agresseur à quinze ans de servitude pénale, il avait lâché son comptoir, pour se retirer dans un coin perdu au nord de l’Angleterre ; et jusqu’à ce matin-là il ne nous avait pas donné signe de vie, pas même à la mort de mon père, qui était son frère unique.

Ma mère me lut sa lettre :

« Si votre fils vit avec vous, Ellen, et s’il est le gaillard qu’il promettait d’être la dernière fois que j’eus de vos nouvelles, envoyez-le-moi par le premier train au reçu de ces lignes. Il s’apercevra qu’il a plus à gagner avec moi que dans le métier d’ingénieur ; et si je viens à trépasser (quoique, Dieu merci, sous le rapport de la santé, je me maintienne), vous verrez que je n’ai pas oublié le fils de mon frère. Qu’il descende à Congleton, d’où il aura quatre milles à faire