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DE SHERLOCK HOLMES

— Très fâcheuse affaire, Sherlock, dit-il. Je déteste de rien changer à mes habitudes, sauf nécessité absolue ; et, dans l’état où se trouve actuellement le Siam, je devrais être à mon poste. Mais nous traversons un moment critique, je n’ai jamais vu le premier ministre si bouleversé. Quant à l’amirauté, elle est en rumeur comme une colonie d’abeilles dont on a retourné la ruche. Vous avez lu les journaux ?

— À l’instant. Qu’est-ce que ces documents techniques dont ils parlent ?

— Ah ! voilà. C’est ce qu’on ne sait pas dans le public. La presse fulminerait si l’on venait à l’apprendre. Les documents que ce jeune malfaiteur avait dans la poche sont tout simplement les plans du Bruce-Partington.

Mycroft Holmes s’exprimait avec une solennité qui en disait long sur le sérieux de l’affaire. Son frère et moi l’écoutions en silence.

— Vous savez ce qu’est le Bruce-Partington ? Personne ne l’ignore, il me semble.

— J’ai compris qu’il existait un sous-marin de ce nom.

— Jugez de son importance, vous ne l’exagérerez pas, si je vous dis que, de tous les secrets d’État, c’est le mieux gardé. Aussi loin que s’étend son rayon d’action, le Bruce-Partington interdit désormais la guerre navale. En s’arrangeant pour prélever sur les crédits du budget une somme considérable, on s’est assuré, il y a deux ans, le monopole de l’invention. Les plans, extrêmement compliqués, font l’objet de trente brevets distincts, dont chacun correspond à un détail nécessaire pour la reconstitution de l’ensemble. On les garde à l’arsenal, dans un coffre secret, lui-même enfermé dans une pièce secrète dont les fenêtres et les portes