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LA NOUVELLE CHRONIQUE

crut libéré de tout en partant pour l’Amérique ; ce fut avec épouvante qu’un soir il rencontra dans la rue l’homme même qui l’avait initié à Naples, le géant Gorgiano, connu dans le sud de l’Italie sous le sobriquet de « La Mort », car il avait du sang jusqu’aux coudes ! Obligé de fuir en Amérique la police italienne, Gorgiano avait déjà créé dans sa nouvelle patrie une dépendance de la terrible société. En me racontant cela, Gennaro me montra une convocation reçue le jour même : la lettre, timbrée d’un cercle rouge, lui annonçait pour une certaine date une réunion à laquelle on le requérait d’assister.

« Mais voici le pire. J’avais remarqué depuis quelque temps que Gorgiano, au cours de ses visites, qui étaient continuelles, m’adressait fréquemment la parole ; et même quand il causait avec mon mari, il tournait sans cesse vers moi ses yeux qui brillaient d’une ardeur sauvage. Il se déclara un soir. J’avais éveillé en lui ce qu’il appelait l’amour, un amour de bête fauve. Mon mari n’était pas encore rentré. Gorgiano s’enhardit, me saisit dans ses bras d’ours, me supplia de fuir avec lui. Je criais et me débattais, lorsque Gennaro, survenant, bondit à mon secours ; mais Gorgiano, d’un coup, l’étendit raide et sortit de la maison pour n’y plus reparaître. Nous avions en lui un ennemi mortel.

« Quelques jours plus tard eut lieu la réunion annoncée. Le visage de Gennaro, à son retour, m’annonçait quelque chose d’effroyable. Mais cela dépassait tout ce que nous aurions imaginé. La société se procurait des fonds en les extorquant à de riches Italiens par le chantage et la menace. Une tentative avait dû être faite auprès de Castalotte, notre ami cher, notre bienfaiteur ; mais les menaces n’avaient pas triomphé de