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LA NOUVELLE CHRONIQUE

mis à déambuler lentement autour de la chambre, regardant les portraits des criminels célèbres qui garnissaient les murs. Cette promenade sans but m’amena finalement devant la cheminée. Des pipes, des blagues à tabac, des seringues, des canifs, des cartouches de revolver, quantité d’autres objets s’amoncelaient sur la tablette. Au milieu de ce fouillis se trouvait une petite boîte noire et blanche, en ivoire, dont le couvercle glissait entre deux rainures. C’était un charmant objet, que j’allais prendre pour l’examiner de près, quand Holmes poussa un cri terrible, un hurlement qu’on dut entendre de la rue. Ma peau se glaça, mes cheveux se hérissèrent. Je me retournai : je vis une figure convulsée et des yeux hagards ; et je restai comme paralysé, tenant en main la petite boîte.

— Posez ça ! Tout de suite. Watson ! tout de suite !

La tête d’Holmes retomba sur l’oreiller, et un soupir de soulagement lui échappa quand il me vit remettre la boîte sur la tablette.

— Je déteste qu’on touche à mes affaires, Watson ; vous savez que je le déteste. Vous me crispez intolérablement. Vous, un médecin… vous rendriez fou un malade ! Asseyez-vous ; laissez-moi reposer en paix.

L’incident fit sur moi une impression très pénible. Cette surexcitation sans cause, cette brutalité de langage, si insolite chez Holmes, attestaient la profonde désorganisation de son esprit. Il n’y a pas de ruine plus déplorable que celle d’une noble intelligence. Je m’assis consterné, et j’attendis, sans proférer une parole, que le délai stipulé fût passé. Holmes devait, tout comme moi, surveiller la pendule, car à peine l’aiguille marquait-elle six heures qu’il se remit à parler, avec la même vivacité fiévreuse qu’auparavant.