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LA NOUVELLE CHRONIQUE

de préserver de la mort deux honorables membres de la société. Vous vous assoirez près de la fenêtre ouverte, à moins qu’en homme raisonnable vous préfériez ne point vous mêler de cette affaire. Vraiment, il vous plaît de tirer la chose au clair ? Je vois que je connaissais mon Watson. Je placerai cette chaise vis-à-vis de la vôtre, de manière que nous soyons à la même distance du poison, et nous faisant face. Nous laisserons la porte entr’ouverte. À présent nous sommes en position de nous observer l’un l’autre, et d’arrêter net l’expérience si elle venait à prendre un tour alarmant. Tout est-il bien compris ? Alors, voici notre lampe allumée : je retire de l’enveloppe ce qui nous reste de poudre et je le mets au-dessus de la lampe. Là. Nous n’avons plus qu’à nous asseoir, Watson, et qu’à attendre les événements.

Les événements ne se firent pas attendre. À peine étais-je installé sur ma chaise que je sentis une forte odeur musquée, subtile et écœurante, dont une bouffée suffit pour qu’aussitôt je perdisse tout empire sur mon cerveau et mon imagination. Devant moi se mit à tournoyer un nuage d’une espèce inconnue, prêt à fondre sur mes sens terrorisés ; et il me sembla qu’il recélait dans ses plis tout ce qu’il y a au monde de vaguement affreux, d’inconcevablement méchant et monstrueux. Entre ses bords indécis, des formes dansèrent et flottèrent, dont chacune était une menace, l’avertissement d’un danger immédiat, l’annonce d’un hôte mystérieux déjà tout proche, dont la seule ombre me flétrirait l’âme. Un froid épouvantable me saisit. J’eus le sentiment que mes cheveux se dressaient, que mes yeux jaillissaient de leurs orbites ; dans ma bouche ouverte, ma langue était comme du cuir ; le bouillonnement qui se faisait sous mon crâne allait certainement le rompre. Je