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86        NOUVELLES AVENTURES DE SHERLOCK HOLMES

et s’étendit dessus, les jambes croisées, après avoir placé à portée de sa main une once de caporal et une boîte d’allumettes. À la lueur blafarde de la lampe qui éclairait ses traits accentués et son nez aquilin, je le voyais assis, une vieille pipe de bruyère entre les dents, les yeux vaguement fixés sur un coin du plafond ; il demeurait là, immobile, tandis que la fumée de la pipe s’élevait autour de lui en spirales bleutées. C’est en le regardant que je m’endormis. Il n’avait pas changé de position lorsque, réveillé en sursaut par une exclamation, je m’aperçus que le soleil d’été luisait déjà dans la pièce. Sherlock Holmes avait toujours sa pipe dans la bouche ; les spirales de fumée continuaient à s’élever vers le plafond et l’atmosphère de la chambre était alourdie par les vapeurs du tabac consumé pendant la nuit, car rien ne restait du paquet de caporal que j’avais vu à côté de mon ami, au moment où je m’étais endormi.

[Illustration de G. da Fonseca]
— je peignis mon visage…

— Réveillé, Watson ? me demanda-t-il.

— Oui.

— Prêt à une promenade matinale en voiture ?

— Certainement.

— Alors, habillez-vous. Personne ne bouge encore, mais je sais où habite le garçon d’écurie et nous aurons bientôt attelé la charrette.

Tout riait dans sa figure ; ses yeux étaient brillants, le sombre penseur de la nuit s’était totalement transformé.

Tout en m’habillant je regardai ma montre. Rien d’étonnant au silence qui nous environnait ; il n’était que quatre heures vingt-cinq à peine. Je finissais de me vêtir lorsque Holmes revint m’annoncer que le groom attelait.

— Je veux essayer un de mes systèmes particuliers, dit-il en se chaussant. Watson, vous voyez devant vous le plus grand imbécile d’Europe. Je mérite de recevoir un formidable coup de pied. Mais je crois que je tiens la clef de l’affaire.

— Et où se trouve-t-elle ? demandai-je en souriant.

— Dans la salle de bain, répondit-il. Oh ! oui, je ne plaisante pas, continua-t-il en voyant mon air incrédule. J’en sors, je l’ai prise et je l’ai placée dans ce petit sac. Venez, mon garçon, et nous allons bien voir si elle s’adapte à la serrure.

Nous descendîmes à pas de loup et nous sortîmes. Le soleil brillait déjà dans tout son éclat. À quelques pas de la maison, sur la route, nous trouvâmes notre voiture sous la garde du garçon d’écurie à demi vêtu. Nous montâmes lestement dans le véhicule et nous partîmes à fond de train dans la direction de Londres.

Nous rencontrâmes bien quelques charrettes