Page:Drieu la Rochelle - Le Feu Follet (1931).pdf/40

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rien et continuent parce qu’ils peuvent ne rien faire.

Il avait découvert l’héroïne dont il avait été surpris et séduit. Au fond, il avait cru pendant quelque temps au paradis sur la terre. Maintenant cette illusion éphémère lui faisait hausser les épaules.

Il avait eu son premier arrêt au cœur, il était tombé un soir raide chez des amis. C’était le moment où il était parti pour l’Amérique. Il avait continué néanmoins, à New York, où les tentations ne lui avaient pas plus manqué qu’à Paris. Pourtant, il n’y avait pas encore dans son habitude une parfaite régularité, il pouvait encore supporter des interruptions‫ ; ‬et, quand il avait rencontré Dorothy, il avait pu, pendant plusieurs mois, lui faire hommage d’une à peu près complète abstinence.

Mais il était retombé et tout à coup il avait senti une prise sur son être toute nouvelle, une griffe inexorable. Régularité obligatoire, cadence rapprochée, croissance des doses. Il avait commencé d’avoir peur d’autant plus que Dorothy l’avait abandonné au cours d’un voyage en Europe, ce qui lui avait fait voir tout à coup la drogue comme un agent tout à fait indépendant de sa volonté, qui par tous les moyens lui rendait la vie impossible.

C’était alors qu’il avait voulu se désintoxiquer selon les rites, en entrant dans une maison de santé. Il y avait trouvé le sentiment de toute