Page:Du Camp - Paris, tome 3.djvu/22

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trouvent pour se cacher chez leurs coreligionnaires. Les voleurs juifs ne se mettent presque jamais en guerre ouverte contre la société ; ils sont toujours en état de lutte sourde et astucieuse ; on dirait qu’ils prennent une revanche, qu’ils sont dans leur droit, et qu’après tout ils ne font que ressaisir, lorsque l’occasion se présente, un bien dont leurs ancêtres ont si souvent, si violemment et si injustement été dépouillés par les nôtres.

Parfois ils se réunissent en bandes et font le vol en grand, comme on fait le négoce ; ils ont leurs correspondants, leurs entrepôts, leurs acheteurs, leurs livres de commerce. C’est ainsi que procédaient les Nathan, dont je viens de parler, les Klein, les Blum, les Cerf, les Lévy. Tout leur est bon, le plomb détaché des gouttières aussi bien que le mouchoir enlevé d’une poche ; le chef prend généralement le titre de commissionnaire en marchandises et fait des expéditions sérieuses vers l’Amérique du Sud, l’Allemagne et la Russie. Le jargon hébraico-germain qu’ils parlent entre eux est incompréhensible pour d’autres et sert encore à égarer les recherches. Ils sont les premiers receleurs du monde, et cachent leurs actions secrètes derrière un métier ostensiblement exercé.

Tous les malfaiteurs ne sont pas voleurs de naissance, et, si beaucoup sont nés honnêtes, il faut attribuer aux mauvais exemples, à la faiblesse de leurs facultés résistantes, la vie coupable où ils finissent par se complaire. Ceux qui, comme Lemaire, comme Firon, comme Troppmann, débutent par l’assassinat, représentent des cas isolés sur lesquels il est bien difficile de baser une théorie. L’éducation est lente, successive, et l’échafaud a bien des marches qu’il faut franchir une à une avant d’arriver sur la terrible plate-forme. L’enfant fait l’école buissonnière, il prend l’habitude de la paresse et du jeu ; il rentre tard, il est battu par son père, et jure qu’on ne l’y reprendra plus. Il recommence ; car il a goûté de cette