Page:Du Camp - Paris, tome 3.djvu/33

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où M. Rodde se fit crieur public sur la place de la Bourse, la foule conviée à ce spectacle était immense. Un agent de police, en surveillance politique, reconnaît Mimi Lepreuil et veut le faire partir. Le voleur refuse de s’éloigner sous le prétexte assez plausible que le pavé appartient à tout le monde ; l’agent insiste avec quelque brutalité de langage et Mimi Lepreuil impatienté lui répond : « Laissez-moi donc tranquille avec vos républicains ; j’ai fouillé plus de cinq cents poches et je n’ai pas trouvé un sou[1]. »

Le vol à la détourne et le vol à l’étalage peuvent être confondus, car l’un se fait dans l’intérieur des magasins et l’autre à l’extérieur. Le premier est exercé surtout par les femmes, et pour bien l’exécuter il est indispensable qu’elles soient deux. L’une occupe le marchand, se fait montrer les étoffes, les manie, les examine et discute le prix, ne peut se décider à faire un choix, et pendant ce temps l’autre fourre prestement sous son manteau, parfois dans d’énormes poches qui entourent sa jupe, les coupons sur lesquels elle a jeté son dévolu. Ce genre de vol porte chaque année un préjudice très-réel au commerce de Paris, qui ne surprend les coupables que bien rarement. Des femmes qui n’auraient jamais dû être soupçonnées, ont été arrêtées en flagrant délit, ont avoué leur crime et ont ainsi prouvé que la société moderne était rongée par des ulcères qu’on n’imaginait pas. La plupart des voleuses à la détourne sont en relation avec les marchandes à la toilette, et c’est ainsi que ces dernières peuvent souvent donner à prix très-réduit des étoffes neuves qu’elles ont obtenues, disent-elles, en échange de sommes prêtées qu’on n’a pas pu leur rendre. Chez les bijoutiers, la détourne se fait le plus souvent à l’aide d’un parapluie à demi ouvert qu’on

  1. Gisquet, Mémoires, t. IV, p. 392.