Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/100

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à être couronnés de la main du ministre lui-même, au son de la musique, dans la grande salle de la Sorbonne. Dans une classe composée en moyenne de cinquante élèves, le professeur en soigne attentivement, en chauffe sept ou huit qui ont chance de réussir dans les compositions solennelles. « Aller au concours » est une locution qui revient incessamment dans le langage de tous les pédagogues de l’enseignement secondaire. Les autres élèves, pendant qu’on bourre leurs camarades favorisés de grec et de latin, font ce qu’ils veulent ; de mon temps, on lisait les romans de Paul de Kock ; aujourd’hui on lit les Mémoires d’une biche anglaise[1].

Pour les maîtres de pensions particulières, avoir des prix au concours devient l’affaire vitale ; et, plus encore que dans les colléges, tout y est sacrifié. L’âpreté au gain les surexcite à tel point qu’il n’est pas d’efforts dont ces marchands de soupe, — c’est ainsi que les appelle le vert langage des écoliers, — ne soient capables, afin de pouvoir faire insérer des réclames retentissantes à la troisième page des grands journaux, où ils énumèrent complaisamment les succès que leurs élèves ont remportés. C’est pour eux une sorte de nécessité, ils y gagnent leur vie et bien souvent y font fortune.

Cette excessive ambition a du moins un bon côté qu’on ne soupçonne guère : comme il faut que leur maison soit célèbre, du moins qu’elle ait meilleur renom que la maison voisine, ils ont des racoleurs qui sont aux aguets, voyagent en province et leur amènent des enfants intelligents, ouverts à l’étude, mais dont les parents ne sont pas assez riches pour acquitter le prix

  1. En 1847, M. Saisset, professeur de philosophie au collége d’Henri IV, quittait sa chaire, venait s’asseoir devant le premier gradin, où il avait réuni les six plus forts, et leur faisait la leçon à voix basse ; quand les autres écoliers parlaient trop haut, il s’interrompait pour leur dire : Ne faites donc pas tant de bruit, vous nous empêchez de causer. »