Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/136

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d’histoire naturelle, un nouvel édifice pour les reptiles vivants ; les conditions nécessaires à leur existence n’ont sans doute pas été étudiées avec soin, car ils y meurent comme des mouches : la mortalité frappe de préférence sur les ophidiens ; grâce au concours empressé et toujours présent de la direction des bâtiments civils, les quatre chaires de zoologie, la chaire de culture, la chaire de botanique ont été pourvues de vastes laboratoires appropriés à l’enseignement et enfin dignes d’une nation qui se respecte. La prolongation du boulevard Saint-Germain va permettre de donner plus d’ampleur à l’École de médecine ; on ne la déplacera pas, ce qui est un tort grave ; l’École pratique sera agrandie au détriment des maisons voisines et des Cliniques. On eût mieux fait de prendre dès à présent un parti radical, auquel on sera forcé d’avoir recours avant vingt ans.

De par la loi délibérée en séance publique le 5 décembre 1874, le 17 juin et le 12 juillet 1875, l’enseignement supérieur est actuellement libre en France. Il suffit d’être Français, d’avoir vingt-cinq ans, et de n’être pas frappé de certaines incapacités, pour professer urbi et orbi tout ce que l’on voudra, excepté la médecine et la pharmacie, dont l’enseignement exige un diplôme préalablement obtenu. Quoique cette loi soit le résultat de compromis politiques trop médiocres pour trouver place ici, le principe en est bon, et nul aujourd’hui ne pourra plus se croire le droit d’en appeler au bras séculier pour frapper un professeur hétérodoxe, comme nous l’avons vu autrefois pour MM. Michelet, Quinet et Ernest Renan. Est-ce bien réellement la liberté que l’on a accordée à l’enseignement supérieur, et n’est-ce point plutôt un partage que l’on a consenti entre l’université qui le détenait et le clergé qui voulait l’accaparer ? L’avenir répondra à cette question, mais jusqu’à présent les universités libres en création sont des universités exclusivement cléricales. Un des maîtres de l’enseignement religieux, le Père E. Marquigny, de la Société de Jésus, a formulé une opinion qu’il est bon de retenir, car nous serons sans doute appelés à en voir l’application : « Oui, a-t-il dit, nous avons demandé la liberté de l’enseignement supérieur, mais en affirmant les droits de l’Église, tels qu’ils ont été définis par elle-même, et nous ne permettrons pas qu’on puisse se méprendre sur notre désir de voir les nouvelles générations formées, dans des universités libres, à l’infaillible doctrine du Vatican. » Cette déclaration est grave, car elle implique l’enseignement de l’astronomie jusqu’à Galilée exclusivement et elle promet l’incapacité d’hériter aux enfants issus du mariage civil.

Mais il est avec le ciel des accommodements et tout s’arrangera pour le mieux ; on posera les prémisses, on n’en tirera pas les conséquences, la terre continuera de tourner et les enfants légitimes ne seront pas bâtards. L’enseignement libre donnera à l’université une impulsion dont chacun profitera et il sortira de là une émulation propice aux grandes choses de l’esprit. Cependant on a fait preuve