Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/140

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et, comme il sert de base à l’enseignement de l’écriture et de la lecture, il leur fournit un instrument de relation avec les autres hommes. Grâce à lui, le sourd-muet échappe à l’isolement et peut, dans une certaine mesure, participer à la vie générale jusqu’à subvenir sans trop de peine aux besoins de sa propre existence.

Avant l’apostolat de l’abbé de l’Épée on trouve dans l’histoire trace de quelques efforts individuels qui semblent avoir eu pour but plutôt de frapper l’imagination publique que d’appeler toute une catégorie d’individus déshérités à la jouissance des droits communs. Rodolphe Agricola, professeur de philosophie à Heidelberg (1480), raconte dans son livre de Inventione dialectica qu’il a connu un sourd-muet qui lisait et écrivait. Jérôme Cardan (1591) pose dans ses Paralipomènes la question de savoir si l’on peut instruire les sourds-muets, et la résout affirmativement. Le bénédictin Pedro de Ponce (1580) publie une méthode pour leur instruction ; ses idées sont reprises par J. Bonnet, secrétaire du connétable de Castille, qui fait paraître en 1610 l’Arte para enseñar a hablar los mudos. Dans le dix-septième siècle, Fabrizio d’Acquapendente, professeur à Padoue, les Anglais Bulwer, J. Wallis, W. Holder, le Hollandais van Helmont, Conrad Amman de Schaffhouse, s’occupent de ce sujet et formulent des théories que la pratique ne justifie pas : leur principe parait avoir été de forcer les sourds-muets à articuler des sons ; le livre de van Helmont est intitulé : Surdus loquens (1692). G. Raphel, d’Allemagne, instruit ses trois enfants frappés de surdi-mutité, et publie en 1718 la méthode qu’il a employée.

Il est difficile de savoir jusqu’où furent poussées ces tentatives isolées, qui ne s’adressaient qu’à des individualités. C’est à Paris même que le premier succès fut scientifiquement prouvé ; il est dû à un Espagnol de l’Estramadure, nommé Jacob Rodriguès Pereire. Le