Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/157

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raisonnée qu’on lui enseigne ; en un mot, il gesticule patois et ne peut plus que très-difficilement arriver à gesticuler français. Avec le sourd-muet, dont un écrivain administratif a dit : « C’est une sorte de malade dont la guérison n’est pas toujours possible, » l’instruction est bien lente ; il faut quatre ans avant de commencer l’explication du système métrique, et sept années pour parvenir à des exercices sur les formes de la conversation et de la correspondance.

La première année est consacrée à enseigner les formes du présent, du passé, du futur, et à compter jusqu’à mille. Il suffit parfois d’une heure pour faire comprendre à un entendant-parlant ce qui exigera plusieurs mois lorsqu’on s’adresse à un sourd-muet. La plupart de ces malheureux arrivent à l’institution dans un état de santé fort compromis ; ils sont nés dans de mauvaises conditions sociales, sortent de familles ordinairement très-pauvres ; ils ont pâti dès l’enfance, ils sont anémiques, scrofuleux, rhumatisants, malsains et paraissent avoir une disposition innée vers les affections des voies respiratoires et de l’encéphale[1]. Ils se refont assez vite, extérieurement du moins, avec la vie régulière de la maison, les jeux violents au grand air et la nourriture qui paraît suffisante. C’est là le côté physique, il n’est point négligé ; l’hospice fait son œuvre, et l’enfant s’en trouve bien ; mais le but poursuivi est le développement intellectuel, et le rôle de l’école va commencer.

Les méthodes d’enseignement des abbés de l’Épée et Sicard ont été successivement modifiées, améliorées, surtout par Bebian, qui leur a donné une sorte de corps philosophique en partant d’un principe qu’on peut formuler ainsi : l’instruction distribuée aux sourds-muets

  1. Une statistique datant de 1832 indique 1 sourd-muet sur 40 atteint de trouble mental. Troisième circulaire de l’Institution royale des sourds-muets de Paris, 1832, p. 123.