Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/159

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avec lenteur, mais avec certitude, et produit un résultat excellent, car il éveille les idées latentes et fait naître celles qui n’existent pas encore.

En général, un sourd-muet apprend à lire et à écrire presque instantanément. Il voit un mot, le considère attentivement et le reproduit. Cela s’explique ; pour lui, c’est un dessin qui a un sens complet, absolu. Ces sortes de jeux de mots que nous appelons calembours n’existent pas pour lui, il ne connaît pas la similitude des sons, sot et saut, fête et faîte, qui pour notre oreille vibrent de la même manière et n’ont une acception différente que par la distribution même d’une phrase entière, sont devant ses yeux des objets qui n’ont entre eux aucun rapport. Aussi il est sans exemple que les sourds-muets fassent une faute d’orthographe, qui est la faute phonétique par excellence. Ils ignorent la valeur abstraite et relative des lettres dont la tonalité se modifie selon qu’elles sont isolées ou juxtaposées ; si on leur expliquait sur le tableau que a et u réunis font o, ils ne le croiraient pas et se mettraient à rire. Il suffit qu’un mot soit écrit d’une façon irrégulière pour qu’ils ne puissent pas le comprendre. Cela est tellement vrai qu’on est obligé, à la direction, de traduire « en orthographe » les lettres souvent fort illettrées qu’ils reçoivent de leurs familles ; sans cette précaution, ils se fatigueraient vainement et n’en devineraient pas le sens.

Le langage qu’ils emploient de préférence entre eux, et qu’on ne saurait développer avec trop de soin, car il est bien réellement pour eux un admirable moyen de communication et d’instruction, c’est la mimique. Il a sur la dactylologie un inappréciable avantage, celui d’une rapidité extraordinaire. Quelles que soient l’activité, l’habileté des doigts, on n’opère que lentement. Je citerai le mot homme et le mot femme : la mimique le dit d’un geste ; la main portée à hauteur du front comme