Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/225

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En somme, ce fut une prise de possession ; la commune dépouillait la royauté à son profit : puisqu’elle acceptait charge d’entretien, elle devenait propriétaire, et ce fut elle qui distribua les concessions courtoises. Elle ne s’en fit pas faute, et retomba dans les errements que Charles VI avait combattus. Le droit de la ville sur la distribution des eaux ne lui fut jamais disputé ; la royauté le reconnut, on en a la preuve dans une lettre, datée du 22 novembre 1528, par laquelle François Ier demande au prévôt des marchands et aux échevins d’octroyer de l’eau à l’évêque de Castres qui va faire bâtir une maison à La Villette, « la grosseur d’un pois tant seulement. » Le bureau de la ville, comme on disait alors, se fit tirer l’oreille ; le roi renouvela sa demande, qui ne fut prise en considération que le 11 février 1529, et l’on a soin de stipuler que messire Pierre de Montigny, évêque de Castres et abbé de Ferrières, fera les frais d’installation, et ne pourra tirer « qu’un fil d’eau vive de la grosseur d’une graine de vesce[1]. » Plus tard, en 1549, Henri II obtient, non sans peine, des concessions pour la duchesse de Valentinois et le maréchal de Saint-André.

Si le prévôt et les échevins tenaient autant que possible le gobelet haut pour les grands seigneurs, ils l’abaissaient volontiers pour eux et y puisaient à pleines lèvres. Les concessions qu’ils marchandaient au roi, ils se les attribuaient sans vergogne pour services rendus

  1. Sous le règne de François Ier on répara l’aqueduc de Belleville. « En cette dicte année (1527) fut commencé par les prevost et eschevins de la ville de Paris, à faire faire tout de neuf les voultes, conduitz et tuyaulx pour la fontaine de la ville de Paris, qui ont cousté à faire plus de trente mil livres. Et furent commencées à faire dedans terre les voultes, de Belleville sur Sablon, jusques à Paris, et furent icelles voultes parfaictes de pierres de taille, en manière qu’on pouvait aisément aller par dedans, pour mettre les dicts tuyaulx. Et a duré l’œuvre à faire plus de quatre ans, et parfaicte en l’an 1530, et le tout pour le bien public. » Journal d’un bourgeois de Paris sous le règne de François Ier, p. 330.