Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/289

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à la barbarie et à l’abrutissement. Le mot de l’abbé Maury dépasse l’instant où il a été prononcé, il atteint l’avenir, et n’a encore rien perdu de sa froide vérité : « À la lanterne ! — En verrez-vous plus clair ? »

Quoi qu’il en soit de ces faits, les réverbères restaient d’assez ternes lumières, que déjà l’industrie privée avait fait en matière d’éclairage un progrès considérable. Les lampes n’étaient autrefois qu’un récipient plein d’huile dans lequel trempait un écheveau de coton ; l’huile, agissant par voie de capillarité, mouillait les fibres, mais n’entraînait avec elle qu’un volume d’air trop mince pour brûler le carbone qui se déposait sur les filaments ; alors la mèche charbonnait, fumait et ne produisait qu’une clarté insuffisante. C’est la lampe antique ; elle existe encore dans l’Italie méridionale et en Orient. Un Genevois, nommé Aimé Argand, imagina de tisser des mèches en fil de coton, de les placer entre deux tubes dans l’intervalle desquels circule incessamment un courant d’air qui active la combustion, nourrit la flamme et vivifie la clarté. Une cheminée de verre, posée sur la lampe et enveloppant les tubes, servait à augmenter le tirage et à empêcher tout dégagement de fumée. Le 5 janvier 1787, Argand reçut du parlement des lettres patentes équivalant à un brevet d’invention et au droit d’exploitation exclusif. La nouvelle découverte fit fortune, chacun prétendit y avoir des droits, et un apothicaire intrigant, appelé Quinquet, donna son nom à la lampe d’Argand, un peu comme Americo Vespucci avait baptisé les terres pressenties et trouvées par Colomb[1].

Ces améliorations, qui eurent pour résultat de faire

  1. La lampe d’Argand avait un inconvénient majeur : le réservoir d’huile, disposé de façon à être plus haut que la mèche, faisait ombre d’un côté ; ce fut Carcel qui, en inventant un mouvement d’horlogerie installé dans le pied même, créa réellement la lampe moderne en 1802.