Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/305

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hommes est extraordinaire : pas un fragment de charbon, pas une escarbille ne s’écarte de la route tracée. Quand la cornue qu’il faut nourrir est placée à 1 mètre 1/2 du sol, l’acte se décompose en trois mouvements : l’homme se baisse, remplit sa pelle, se relève droit, donnant à sa taille toute la hauteur qu’elle comporte ; puis, par un geste absolument horizontal des bras, il lance la pelletée noire dans la gueule embrasée ; la précision est si parfaite qu’elle a quelque chose d’automatique et d’antihumain.

Dès que la cornue a reçu sa ration, le tamponneur saisit un obturateur, — un tampon, — garni d’argile délayée à la face interne ; la barre de fer qui le surmonte transversalement s’engage dans des oreillettes saillant aux deux extrémités de la tête de la cornue ; un pas de vis, qui se manœuvre à l’aide d’un tourniquet, permet de l’appliquer exactement sur l’ouverture, qu’il oblitère. La langue effilée d’une flamme passe encore ; l’homme donne un tour de vis de plus, et l’œuvre de transformation devient invisible. On saura où est le gaz, on suivra attentivement les diverses opérations qu’il doit subir encore, mais nul ne l’apercevra avant le moment où il brillera dans nos candélabres. Entre l’instant où il est jeté au vase clos sous forme de charbon et celui où il reparaît éclatant de lumière, il n’a plus qu’une vie souterraine et mystérieuse.

Pendant que j’étais là, m’éloignant des fours qui me brûlaient le visage, admirant la façon de faire des chargeurs, que je ne me lassais pas de regarder, j’ai entendu le coup de sifflet d’une locomotive, et j’ai vu arriver à côté des fourneaux un train de charbon marchant sous l’impulsion de la machine qui le poussait. Les wagons se sont arrêtés, se sont vidés dans l’atelier même. Ils arrivaient directement de Belgique, où très-probablement ils avaient été chargés à la mine même