Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/332

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reste plus de trace ; en effet, dans l’intervalle il a disparu[1].

Un financier célèbre en son temps, Joseph de Laborde, qui habitait un hôtel entouré d’un vaste jardin là où nous voyons actuellement l’Opéra, était propriétaire des terrains voisins ; il voulut les mettre en valeur, et, par ce seul fait, rendit à la ville un service considérable, car ce fut lui qui réellement créa le quartier de la Chaussée-d’Antin. Des lettres patentes du 15 mai 1770, enregistrées au parlement le 6 septembre 1771, l’autorisaient à ouvrir deux rues nouvelles : l’une, partant du faubourg Montmartre et aboutissant au chemin de la Grand’-Pinte, devait être appelée la rue de Provence ; — l’autre, prenant naissance à cette dernière rue et débouchant sur le boulevard, recevait le nom du comte d’Artois ; c’est aujourd’hui la rue Laffitte. Or les deux voies dont il est question étaient le grand égout et la suite de l’égout Saint-Lazare ; on les voûta, on les couvrit, des maisons s’élevèrent, la mode s’y mit, on y courut. L’exemple donné ne fut point stérile. Les rues nouvelles avaient été terminées en 1776 ; la spéculation se jeta sur ces terrains. En 1778, on ouvre la rue Neuve-des-Mathurins ; en 1780, la rue Neuve-des-Capucines, qui est la rue Joubert, et, en 1784, la rue Saint-Nicolas. Le grand égout est rentré sous terre pour n’en jamais sortir ; la ville est assainie et compte un magnifique quartier de plus,

  1. Ceci n’est pas rigoureusement exact ; l’égout apparaît encore sur le plan de Verniquet, sur les plans de Le Maire (1808-1821) entre l’avenue des Champs-Élysées et la Seine. Il côtoyait une sorte de chemin nommé la ruelle des Marais, qui devint la rue des Gourdes, et bordait les fameux Bosquets d’Idalie. C’était un ruisseau profond et fangeux qui charria plus d’un cadavre ; car, à cette époque, les Champs-Élysées, moitié promenade et moitié jardin maraîcher, mal percés, nullement éclairés, étaient un véritable coupe-gorge. Cet état de choses dura jusqu’à la fin de la Restauration ; une décision ministérielle du 19 octobre 1829 prescrivit de rectifier la rue des Gourdes et lui donna le nom de rue Marbeuf qu’elle porte aujourd’hui. Mais ce ne fut guère qu’en 1831 que l’on fit disparaître le dernier reste du ruisseau Ménilmontant.