Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/334

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commodité pour les piétons ; mais ils n’avaient modifié en rien la forme des voies publiques, qui était vicieuse au plus haut degré.

Je me rappelle très-nettement les rues de Paris au commencement du règne de Louis-Philippe. Elles semblaient disposées exprès pour amener l’engorgement des égouts. Creusées en cuvette, traversées dans le sens de la longueur par un ruisseau, elles centralisaient l’eau tombée qu’elles divisent aujourd’hui par une chaussée bombée qui la rejette de chaque côté, le long des trottoirs. De distance en distance, l’eau se déversait dans l’égout par une grille en fer, dont bien souvent les ouvertures étaient oblitérées sous des paquets de paille et d’immondices entraînées avec le courant ; de plus, si, en passant, la roue d’un fardier ou d’une voiture pesamment chargée pinçait un des angles de la grille, celle-ci, descellée, échappait à la margelle qui la retenait et allait tomber à travers la rue ; « la chute » n’était plus alors qu’un trou béant. Parfois la bouche d’égout était latérale et ressemblait à l’entrée d’une cave ; la herse qui la défendait ne touchait pas terre, afin de ne point arrêter les grosses ordures au passage ; la distance ainsi ménagée au-dessus du pavé était telle, que des enfants jouant et roulant au milieu des rues sont tombés dans des égouts et y ont péri.

La disposition des gouttières ne contribuait pas médiocrement non plus à noyer les rues[1] ; de longues gargouilles de fer-blanc emmanchées dans le chéneau qui borde les toits vomissaient l’eau à pleine bouche, inondaient les passants et gonflaient les ruisseaux. Dès qu’un orage s’abattait sur Paris, nos rues, comme au temps de Boileau, étaient des rivières qui débordaient

  1. La mauvaise disposition des gouttières était si manifeste, qu’une ordonnance de police rendue par Sartines, le 13 juillet 1764, interdisait d’en construire de nouvelles.