Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/381

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


auparavant à Versailles, sous les yeux de son frère Louis XVI et de toute sa famille (c’étoit le 26 décembre 1786). Lorsque nous en fûmes à la partie de l’écriture, mon élève aveugle écrivit tout à la fois du même coup de son style d’acier, sous les yeux de l’auguste assemblée, deux copies semblables, l’une en relief, l’autre en noir, des paroles ci-après : « Saint Louis ayant fondé un hôpital pour trois cents aveugles, invalides, qui avaient perdu la vue en Égypte. Louis XVI fonda un hospice en faveur des jeunes aveugles que l’on apprenoit à s’occuper utilement. Ce second établissement ayant été détruit par le consul Bonaparte, ce sera sous le règne de Louis XVIII qu’il sera rétabli. »

(1806, septembre 7.) Notre souverain légitime ayant lu cette prédiction de mon prophète, aveugle des yeux du corps, nous dit : « J’ai suivi dans les journaux le compte de vos travaux pour la consolation de l’infortune ; j’exhorte votre cher fils, ici présent, à continuer de vous y aider. Dans quelque position que je me trouve, je ne vous oublierai pas. » Dernières paroles bienveillantes que nous-répéta S. A. R. le duc d’Angoulême au nom de la famille royale. Je t’ai vu avec plaisir, mon cher Juste, suivre l’avis sage de notre digne roi, quoique dans une autre carrière que celle que j’ai embrassée. En nous quittant Sa Majesté me dit en particulier : « Vous profiterez sans doute de votre accueil en Russie pour servir nos bons François. — Sire, répondis-je, je le dois à double titre : ils sont vos sujets et mes compatriotes. » Après avoir cédé mon établissement, nous partons pour Saint-Pétersbourg. Déjà la malveillance y avoit répandu des calomnies sur mon compte. J’étois, suivant son témoignage, un espion envoyé par Bonaparte, pour l’informer de ce qui s’y passeroit. D’ailleurs la deuxième édition que j’ai citée le 2 janvier 1803, y étoit répandue depuis plus de trois ans. Les relations de son auteur avec S. M. l’impératrice mère et celles qu’y avoit aussi le protégé de ce malveillant, n’avoient pas peu contribué à m’indisposer cette souveraine. Quant au vertueux empereur Alexandre, las d’entendre des suggestions défavorables, Sa Majesté finit par répondre : « Qu’on ne me parle plus mal de ces étrangers, tant qu’ils se plairont près de moi, je les garderai. » Il me parut donc démontré qu’on vouloit empêcher l’institution des aveugles de réussir à Saint-Pétersbourg. Alors j’y déployai d’autres facultés dont heureusement pour moi on me savoit possesseur.

(1810). Sur l’invitation de diverses personnes distinguées, sans quitter mon objet principal, à mes moments de loisir je donnai des leçons à des sourds-muets, à des bègues, à des enfants dont l’intelligence était dérangée ; et puis après avoir adressé à S. M. l’empereur un mémoire imprimé sur l’art télégraphique dont il accepta la dédicace d’une manière favorable, j’exerçai successivement des Soldats à transmettre la parole par ma théorie, de l’agrément de