Page:Du Camp - Paris, tome 5.djvu/73

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classe de 1864 : sept départements où le nombre des illettrés est au-dessous du vingtième, — onze où le nombre varie entre le vingtième et le dixième, — vingt-deux flottant entre le dixième et le quart, vingt-trois entre le quart et le tiers, — vingt-six où le total des illettrés dépasse le tiers et même la moitié. Sur cette lamentable liste, la Meurthe est au premier rang : 2 illettrés, 3,2 sur 100 ; au dernier, je vois l’Ariège : 66,65 sur 100 ; la Seine n’arrive que la treizième avec 7,04 sur 100[1]».

Les choses se sont bien peu modifiées depuis cette époque. On a fait de généreuses tentatives pour doter toutes nos communes des écoles primaires dont elles ont besoin, mais on s’est brisé contre l’apathie naturelle aux paysans, contre l’indifférence des municipalités, contre la vieille idée coupable que le temps passé à apprendre est du temps perdu qui ne rapporte rien. Les efforts ont échoué surtout et échoueront infailliblement encore contre des obstacles matériels, qu’il est du devoir du pays de vaincre à force d’argent. C’est là le plus pressé, il faut y courir. On pourra, sans difficultés trop sérieuses, imposer l’instruction à tous les enfants : les parents qui n’obéiront pas à la persuasion céderont à l’amende et aux peines coercitives ; mais, si l’on veut exercer l’enseignement, il faut deux choses indispensables : un local pour abriter les élèves et un maître pour les instruire. Or les écoles sont tellement défectueuses que plus d’un paysan hésiterait à y remiser son bétail, et l’on rétribue si misérablement le labeur ingrat des instituteurs, qu’on s’expose à n’en plus trouver et à voir tarir la source de ce recrutement si précieux. Les com-

  1. Elle est précédée par la Meurthe, la Haute-Marne, le Doubs, la Meuse, les Vosges, le Bas Rhin, l’Aube, le Jura, le Haut-Rhin, les Hautes-Alpes, la Côle-d’Or et la Haute-Saône. La situation de la Seine est meilleure aujourd’hui ; elle deviendra tout à fait bonne, si l’on persiste dans la voie où l’on est entré.