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CHAPITRE II

L’EMPEREUR



LES HAINES INSPIRÉES PAR L’EMPIRE. — LE COLONEL CHARRAS. — OPINION DE VITET. — SOMNAMBULE. — ATAVISME. — LE JOUEUR. — GOÛT POUR LE PLAISIR. — AUCUN GOÛT POUR LES ARTS LIBÉRAUX. — HOSTILITÉ DE L’EUROPE. — PRÉLIMINAIRES DE LA GUERRE DE CRIMÉE. — MISSION DU PRINCE NAPOLÉON. — PROJETS D’ALLIANCE. — « ENTRE UN ROMANOFF ET UN BONAPARTE, RIEN DE COMMUN. » — ALLIANCE AVEC L’ANGLETERRE. — LA CAMPAGNE DE CRIMÉE. — OPINION DE LORD RAGLAN. — LE GÉNÉRAL BOSQUET. — AFFAIRES INDUSTRIELLES. — FUREUR DE SPÉCULATIONS. — HONNÊTETÉ DE PERSIGNY. — MAUVAIS EXEMPLE DONNÉ DE HAUT LIEU. — L’HISTOIRE DE CÉSAR. — UTOPISTE. — MAQUIGNONNAGE. — DEUX PRÉTENDANTS À LA MÊME MAIN. — LE FLEGME. — « IL EST SI CONFIANT. » — APPEL À L’ASSASSINAT. — L’ATTENTAT PIANORI. — COURTOISIE. — LES LETTRES. — INTERDITS DE LA CENSURE LEVÉS PAR L’EMPEREUR.



MALGRÉ l’insuffisance de certains fonctionnaires choisis avec trop de hâte, malgré la sourde opposition des vaincus, le gouvernement nouveau s’établissait et se fortifiait de jour en jour. La Ligue et la Fronde avaient fait le règne de Louis XIV ; le sang de la Terreur, la boue du Directoire avaient donné à Napoléon Ier sa raison d’être ; l’insurrection de juin, la médiocrité de la Seconde République sacraient Napoléon III ; car les révolutions engendrent le despotisme, qui, à son tour, engendre les révolutions. La haine contre le Second Empire fut profonde ; contenue par la sévérité même du régime, elle n’osa point se manifester, tant il est vrai que l’on ne gouverne que par la terreur que l’on inspire, mais elle n’en fut pas moins vivace et parfois misérable dans son expression.

En 1855, avant la chute de Sébastopol, Laurent Pichat, qui fut un poète médiocre et un sénateur silencieux, rêvait l’anéantissement de notre armée de Crimée ; Edmond Texier, rédacteur au journal Le Siècle, espérait que la