Page:Du Camp - Souvenirs d’un demi-siècle, tome 1.djvu/124

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j’administre un département frontière ; j’ai beau écrire lettre sur lettre, envoyer dépêche sur dépêche, on n’en tient pas compte et ma responsabilité augmente tous les jours. On ne veut même pas renforcer les garnisons. C’est en vain que je réclame une division d’infanterie pour l’étager le long de nos côtes, que l’on ne saurait trop surveiller. Tous les réfugiés sont à Jersey et à Guernesey ; je suis prévenu qu’ils veulent faire une descente par Granville et par Regneville, pour de là marcher sur Saint-Lô, Caen et Paris : je suis sur mes gardes, mais que voulez-vous que je fasse, avec des forces dérisoires ? On s’endort dans une sécurité apparente ; avant quinze jours, la République sera proclamée en France, et Victor Hugo sera dictateur ; ce cataclysme est inévitable, parce que l’on n’écoute pas mes avertissements. » Je quittai ce préfet ahuri ; il ne resta pas longtemps à Saint-Lô ; on le déplaça et on oublia de le replacer.