Page:Du Camp - Souvenirs d’un demi-siècle, tome 1.djvu/195

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après, le 24 octobre, le roi Othon, revenant au Pirée, après un court voyage le long des côtes de Morée, fut prévenu officiellement qu’il n’y avait plus de place pour lui sur le trône. « Pare à virer, à Dieu vat ! » Il reprit la mer et disparut. Un gouvernement provisoire gouvernait — se disputait — la Grèce ; il apprit que le colonel Grivas, qui avait soulevé la garnison de Nauplie et brassé la révolution dans le Péloponèse, se dirigeait vers Athènes, à la tête de trois mille hommes ; des mécontents se pressaient autour de lui, des insurgés l’escortaient ; lorsqu’il arriva vers l’isthme de Corinthe, sa troupe était doublée. Six mille patriotes dans Athènes ! C’était le pillage de la ville.

Le gouvernement provisoire s’inspira du souvenir d’Ulysse, qui était « fertile en ruses ». Il dépêcha une députation à Grivas pour le féliciter d’avoir purgé de la tyrannie la terre des Hellènes, et, à la députation, munie de harangues, il adjoignit un médecin. Grivas reçut les députés avec les honneurs qui leur étaient dus et les invita à dîner. On parla de Marathon et de Salamine ; on but à la liberté, à Minerve Poliade et à la Panagia. Vers le dessert, Grivas pâlit et fut mal à son aise. Un quart d’heure après, il était mort. C’est du moins ce que m’a raconté le petit-fils du prince Soutzo, Michel Zographo, qui fut mêlé à ces événements, dont le résultat le plus clair fut la déconvenue d’un aventurier et la chute d’un roi.

La tournure que la naïveté de Garibaldi avait donnée à l’aventure ne fut point du goût du prince Napoléon, que ses relations avec les Hongrois, avec l’Italie encore incomplète, entraînaient à des combinaisons d’où l’Autriche pouvait sortir amoindrie. Il se préoccupait de l’état de l’Europe, et son cousin, Napoléon III, ne s’en préoccupait pas moins que lui. La Prusse cherchait à briser, à son profit, le faisceau de la Confédération germanique : le royaume de Varsovie — la Pologne russe — s’agitait ; l’Autriche possédait la Hongrie par la force et dominait dans la Vénétie, qui ne voulait plus d’elle ; l’Italie pesait sur la frontière des États du Pape ; de tous côtés, il y avait des trépidations ; chaque peuple avait des ambitions à satisfaire ; toute complication était à craindre ; au premier coup de trompette, la guerre pouvait éclater, devenir générale et embraser le monde.

C’est alors que l’empereur des Français, dans une occurrence solennelle, mit en avant une idée tellement généreuse